Fév 4, 2013 | • La valeur d'un bronze ancien
Madame Henriette H. m’a récemment envoyé des photos d’un grand bronze en sa possession, un aigle signé Barye. Elle a fait quelques recherches et me dit craindre que cet aigle soit une copie ou une fonte récente, car le modèle original de Barye qu’elle a repéré était différent, l’aigle tenant un héron.

Notre internaute a en partie raison : il existe d’autres versions de cet aigle de Barye, et pas seulement avec un héron, mais ce n’est pas pour autant que son aigle est un mauvais modèle.
Voyons cela plus en détail :
Antoine-Louis Barye (1795-1875) est le plus connu des sculpteurs animaliers français, grâce à la qualité, la nervosité de ses créations mais aussi parce qu’il fut le pionnier de la très grande école française de sculpture animalière, école qui comprend des noms fameux comme Mêne, Frémiet, Rosa et Isidore Bonheur, Dubucand, Cain, Navellier, Fratin, Paillet, Gardet, et tant d’autres.

Je ne vais pas raconter à nouveau ici la vie de cet artiste au talent immense mais je peux évoquer quelques points particuliers. Par exemple celui-ci : après avoir travaillé de 1821 à 1832 chez l’orfèvre Fauconnier et exposé certaines de ses œuvres au Salon, Barye s’installe à son compte, un peu contraint sans doute par la faillite de Fauconnier. Les créations de Barye sont alors fondues par Honoré Gonon ou d’autres artisans. Le sculpteur commence à rencontrer un très grand succès. Il prend la décision de produire lui-même ses bronzes, plutôt que de les confier aux grands fondeurs comme Barbedienne, Susse, Martin, etc. En 1838, il crée donc sa propre fonderie et sa boutique.
On comprend le souhait de Barye : la fonte, dans son processus complexe, est réellement la prolongation de la création. La reprise des modèles en cire, les finitions sur le bronze, la patine comptent presque autant que le modelage du modèle en terre, plâtre ou cire, et l’idéal serait de passer autant de temps à chaque étape de la création, ce qui est malheureusement impossible au plan économique : la répercussion sur le prix du modèle des très longues heures passées rendrait le prix de l’oeuvre absolument inabordable.

Barye va précisément en faire l’expérience : il est si exigeant sur chacune des pièces que son affaire s’avère impossible à rentabiliser et qu’il n’a plus le temps de vendre ses bronzes. Il tente de sauver son entreprise et son art en s’associant avec Emile Martin, qui se charge de la commercialisation, Barye gardant la production. Mais même ainsi, les choses tournent mal et en 1846, tous ses modèles, son outillage – jusqu’à ses propres poinçons « BARYE » – sont gagés auprès de Martin. Il est donc désormais totalement dépendant de Martin, à qui il doit acheter les modèles qu’il veut fondre et vendre ! Cette situation terrible va durer plus de 10 ans. Enfin, en 1854, d’importantes commandes publiques permettent au sculpteur de sortir la tête de l’eau et, quelques années plus tard (1858), de racheter ses modèles et son matériel à Martin. Entre temps, il aura connu la quasi-pauvreté, contraint par exemple de faire enterrer sa mère à la fosse commune.
Si vous voulez en savoir plus sur la vie d’Antoine-Louis Barye, je vous conseille la lecture de « Monsieur Barye » (Michel Poletti – Editions Acatos), qu’idéalement il faut lire avec sous la main le « Catalogue raisonné des bronzes de Barye » de Richarme et Poletti (Gallimard). Vous pouvez retrouver ces livres dans l’album photo « Les livres », à droite sur ce site.
Revenons à notre aigle.

En feuilletant le Catalogue raisonné ou encore « La griffe et la dent » édité par le Musée du Louvre, on constate qu’il existe un grand nombre de versions : tête tournée à droite, tête tournée à gauche, bec ouvert, bec fermé, emportant un serpent, sur terrasse avec profil (forme géométrique), sur terrasse naturaliste, tenant un héron, s’abattant sur un bouquetin… Barye a ainsi multiplié les combinaisons et créé au moins 8 aigles différents, sans compter les bas-reliefs et les aigles en pierre.
Celui de notre internaute est le plus fréquemment rencontré : l’aigle aux ailes étendues, le bec ouvert, la tête tournée à gauche, sur terrasse naturaliste. Ses dimensions, assez difficiles à prendre pour la largeur et la profondeur puisque la pièce n’a pas de sens particulier, sont les suivantes : 33,9 cm de long x 24,2 cm de profondeur x 25 cm de haut.
La première édition de ce modèle daterait de 1862. Cet aigle est en tous cas absent du catalogue de 1860. Les différents modèles d’aigle auraient été réalisées par Barye lorsqu’il fut question, à l’initiative de Thiers, de couronner l’Arc-de-Triomphe de l’Etoile d’un rapace gigantesque (27 mètres d’envergure). Des études furent demandées, en 1834, à l’artiste et il prépara alors un aigle posé sur une demi-sphère, très proche de celui qu’il éditera 28 ans plus tard sans la demi-sphère. Hélas, le projet monumental fut abandonné.

A propos des projets d’embellissement de l’Arc-de-Triomphe de l’Etoile, voici ce qu’écrit, avec un peu d’ironie, Arsène Alexandre, en 1889 (14 ans après la mort de Barye), dans un intéressant ouvrage dont je parlerai bientôt sur ce site : « A.L.Barye » paru dans la Collection « Les Artistes célèbres » éditée par La Librairie de l’Art :
« Concu par Chenavard, [le projet] avait été sérieusement discuté dans le cabinet ministériel. Il est peut-être curieux de dire en quoi il consistait, pour montrer que les hommes politiques ne doutent de rien quand il s’agit de promettre.
Sur l’acrotère [ornement sculpté situé au sommet du monument] devait figurer Napoléon, traîné sur un char triomphal. Aux quatre coins, seraient érigés les statues équestres de ses frères et du prince Murat. La décoration devait être complétée, dans le bas, par les statues équestres des douze maréchaux de l’Empire, disposés autour du monument. On voit qu’il y avait de quoi occuper la vie d’un homme. Le projet fut examiné avec tant de bonne volonté qu’il en reste du moins quelque chose : un mot comique de M.Thiers. Comme un conseilleur, intervenant dans la discussion, contestait la valeur de Barye en matière de figures humaines, le ministre de l’Intérieur s’était écrié, avec son habituelle pétulance : « Eh bien, M.Barye fera les chevaux et un autre les cavaliers! ».
Il fallut en rabattre du trop pompeux projet de Chenavard. On parla plus simplement d’une gigantesque figure d’aigle, qui serait censée s’abattre sur le glorieux portail de granit. Une maquette fut même faite par Barye. Elle disparut avec le projet. On peut supposer que l’idée a été utilisée pour la statuette de l’Aigle, les ailes étendues sur un rocher. De tant de déceptions a été fondu un bronze haut de vingt-cinq centimètres. »
Le modèle d’Henriette H. est signé A.L.Barye (NB : la signature de l’artiste est variée, portant souvent son simple nom de famille sans initiale du prénom) et porte la marque « F.Barbedienne Fondeur », ce qui est le signe d’une bonne fonte XIXème. A la mort de Barye, en 1875-1876, sa veuve mis en vente les modèles avec droit de repoduction et le contenu de l’atelier. Barbedienne, Peyrol, Brame, Delafontaine et d’autres éditeurs se partageront les chefs-modèles. L’aigle a été acquis par Goupil pour être édité par Barbedienne puis Leblanc-Barbedienne.

Il existe bien, comme le signale notre internaute, un « Aigle terrassant un héron », en deux versions (tête de l’aigle tournée à droite ou à gauche). Barye a alors combiné un aigle avec le pauvre héron du groupe « Ocelot emportant un héron », à propos duquel j’ai rédigé une note :
http://www.damiencolcombet.com/archive/2012/06/29/la-valeur-d-un-bronze-47-ocelot-emportant-un-heron-de-barye.html

Admirons la majesté des ailes à demi déployées, le détail des grandes plumes d’aigles, l’impression de puissance de l’oiseau.
Ce modèle, comme celui de l’aigle tenant un héron, n’est pas rare : ils sont régulièrement proposés en salle des ventes, en France et à l’étranger. L’historique des résultats depuis 20 ans compterait des dizaines de dates. Voici quelques chiffres représentatifs de la tendance récente :
– New York 2008 : 7000 $ soit 5500 €.
– Drouot 2010 : 3000 €
– Bucarest 2010 : 4000 €
– Fontainebleau 2010 : 2900 €

Notre aigle a donc l’inconvénient de n’être pas rare mais deux qualités : la fonte XIXème et la majesté du modèle créé par Barye. Malgré la tendance à la baisse des bronzes animaliers du XIXème, je pense que ce modèle peut encore être estimé autour de 2500 € à 3000 €.
Vous avez un bronze animalier et vous voulez en connaître la valeur ? Envoyez-moi des photos très nettes de l’ensemble, de la signature, de l’éventuelle marque du fondeur, du dessous du socle à : damiencolcombet@free.fr
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Jan 20, 2013 | • La valeur d'un bronze ancien
Il y a bien longtemps – 5 mois – que je n’ai pas mis de note sur « La valeur d’un bronze« . Non pas que je sois en manque d’inspiration car je reçois plusieurs demandes d’avis par semaine, mais parce que les autres sujets à mettre en ligne ne manquent pas.
A ce propos, je voudrais rappeler quelques « règles » pour les demandes d’avis sur les bronzes :
– Mes avis sont gratuits. De temps à autre, quelque personnes me demandent ce qu’elles doivent me payer, ce qui est fort aimable, mais je tiens à conserver aussi longtemps que possible cette gratuité qui me permet de voir de très beaux bronzes, me donne l’occasion de creuser certains sujets et attire aussi, pourquoi le cacher, beaucoup d’internautes amateurs de sculpture (fin 2012 : 9000 visites/mois et 30000 pages vues/mois pour ce blog).
– Je réponds à toutes les demandes, parfois brièvement si la pièce présente très peu d’intérêt ou si je l’ai déjà traitée sur ce site, en général plus longuement, avec quelques lignes sur la vie du sculpteur, l’oeuvre, ses qualités et défauts, et une estimation. Je tache de répondre assez rapidement, au maximum sous 10 jours, mais les demandes multiples, les vacances, une exposition peuvent retarder un peu ma réponse. Les notes ne sont mises sur ce site que parce que les bronzes auxquels elles se rapportent présentent un intérêt particulier. Elles ne représentent qu’une très faible partie des réponses aux nombreuses questions.
– Vos demandes ne doivent pas être envoyées sur le site sous forme de commentaire à une note. Il faut les envoyer à mon adresse mail : damiencolcombet@free.fr.
– Je ne peux évidemment répondre aux demandes vagues, sans photos, sans dimensions. Il y a quelques jours, j’ai reçu ce mail, sans photo jointe ni indication du sculpteur : « Je possède un bronze représentant un tigre. J’aurais voulu connaître sa valeur pour l’assurance« . Il est évidemment impossible de répondre à cette question sans éléments plus précis.
– Les photos jointes aux demandes sont généralement de bonne qualité, très nettes, et montrent bien l’ensemble de la pièce, le dessous du socle, la signature de l’artiste et, le cas échéant, celle du fondeur. Mais certaines photos reçues sont floues, ce qui empêche toute analyse de la ciselure et de la patine, ce qui est pourtant essentiel car le premier coup d’œil permet souvent de repérer à une ciselure approximative et une fonte imparfaite que la pièce est une copie . Il vaut mieux une photo très nette qui n’est pas un gros plan – on peut toujours zoomer à l’écran – qu’une vue floue inexploitable.
Que faire par exemple d’une photo comme celle-ci, qui me permet tout juste de deviner qu’il s’agit du Braque à l’arrêt, de Barye, mais empêchera de déterminer s’il s’agit d’une très bonne fonte, d’une fonte tardive ou d’une copie sans intérêt ?

– Ma messagerie n’accepte pas les mails supérieurs à 10 Mo. Il faut donc parfois faire plusieurs mails successifs avec les différentes photos.
– Enfin, on me demande souvent des conseils pour vendre les bronzes sur lesquels j’ai donné un avis. Je peux effectivement vous aider, toujours gracieusement, en donnant une liste, pour Paris et la province, de marchands et de commissaires-priseurs réputés pour leur sérieux et leurs compétences en matière de bronze. Je précise que je ne suis aucunement lié à eux et que la plupart ne me connaissent même pas. Et puis il m’arrive de temps à autre de mettre en relation un vendeur avec un internaute qui m’a écrit pour me dire qu’il recherchait telle ou telle pièce de tel artiste. L’intérêt est qu’il n’y a aucun frais, que j’ai préalablement donné mon avis sur la valeur de la pièce et que le vendeur, s’il est pressé et ne veut pas avoir le souci de la vente aux enchères, traite très rapidement l’affaire. Si vous recherchez un bronze particulier, n’hésitez donc pas à m’en faire part par mail à damiencolcombet@free.fr.
Tout ceci étant dit, voici la réponse à Monsieur Thierry A., de Paris, qui me soumet à nouveau une pièce : « un taureau de Demay ».

Germain Demay (1819-1886) a connu un parcours un peu particulier : il fit d’abord des études de médecine, travailla ensuite 10 ans pour Barye, exposa au Salon en 1844 et 1848 puis, à cause de la Révolution qui interrompit sa carrière artistique, devint fonctionnaire aux Archives nationales (il se spécialisa dans le moulage des sceaux) tout en réalisant des médaillons en bronze de personnalités : le député de la Creuse Barailou, son fils médecin-colonel, Victor Noir…
Si vous ne savez pas qui est Victor Noir, je vous conseille de le découvrir par ce lien, où vous est contée la complexe affaire de duel sur fond de bonapartisme, de journalisme et de Corse, qui fit de ce jeune homme un symbole de la République et de la… virilité grâce au sculpteur Dalou ! http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Noir

On sait peu de choses de ce très discret artiste qu’était Germain Demay, et ses oeuvres passent rarement en vente. Le « Dictionnaire des sculpteurs animaliers » du Dr Hachet (Argus Valentines) ne reproduit qu’un chat et un chien aboyant. Au hasard des ventes et des livres, on apprend qu’il a réalisé des chiens, des oiseaux (faisan, perdreaux…) et notre fameux taureau, mais c’est à peu près tout. Sa production semble donc extrêmement restreinte. Voici une très jolie petite grue couronnée, de la main de Demay.

Le taureau de notre internaute est très beau, finement ciselé et possède une très belle patine. Il présente une curieuse particularité : une terrasse de forme géométrique qui n’a pas l’air solidaire du bronze et de son socle, mais l’est pourtant totalement, puisque l’ensemble ne forme qu’une seule pièce, comme on le voit sous le socle. Ce choix est-il heureux ? Le taureau aurait sans doute gagné en légèreté sans cette terrasse mais au XIXème, l’usage était de placer les animaux en valeur en les surélevant. La plupart des bronzes de Barye – pas tous, il est vrai – sont ainsi présentés.

Il n’est pas étonnant que Demay ait travaillé avec Barye : on retrouve ici le même souci du détail, la nervosité, l’attitude naturelle de l’animal. On peut également le rapprocher des bovins de la famille Bonheur (photos ci-dessous).

La vache beuglant, d’Isidore Bonheur.

Le taureau beuglant, de Rosa Bonheur.
Élément intéressant, le bronze de notre internaute est reproduit dans le formidable livre « Animals in bronze » de Chr.Payne (cf. album photo « Les livres »), avec un commentaire élogieux. L’auteur relève comme moi la curieuse terrasse et n’hésite pas à comparer ce modèle à l’un des taureaux de Barye.

Les dimensions du taureau de Demay sont les suivantes : 24,2 cm (long.) x 14,1 cm (haut.) x 8,3 (prof.) : elles correspondent parfaitement à celles mentionnées dans l’ouvrage de Payne.

La cote de Germain Demay n’est pas très établie puisqu’il y a peu de références pour ses bronzes. Je n’ai trouvé que deux résultats, assez anciens, pour notre taureau :
– Sotheby’s au Royaume-Uni en septembre 1998 : estimé 1500 à 1800 € mais invendu.
– Compiègne en octobre 1998 (serait-ce le même bronze ?) : adjugé à l’équivalent de 1500 €.
Ce modèle a donc pour « défauts » que son auteur est très peu connu, mais il a pour indéniables qualités sa finesse et également le fait d’être répertorié dans le Payne. Je pense qu’aujourd’hui, alors que la cote des bronzes animaliers anciens est moins élevée qu’il y a quelques années, son estimation pourrait être de l’ordre de 1000 €.

Août 22, 2012 | • La valeur d'un bronze ancien
Monsieur C. de Versailles possède un joli bronze, « une panthère dévorant un échassier » écrit-il, signé Barye et il souhaite avoir des informations et une estimation de sa valeur.
Ce bronze est bien d’Antoine-Louis Barye (1795-1875), dont j’ai souvent parlé sur ce site. Le titre exact de l’oeuvre tel qu’il apparait au numéro 67 dans le catalogue des bronzes de Barye publié vers 1860 est : « Ocelot emportant un héron ». Il est alors vendu au prix de 135 francs. Il est précisé que la longueur de la plinthe (le socle) est de 32 cm. Par comparaison, le tout petit lapin est vendu à 3 francs (2 francs sans terrasse), les cerfs (marchant, de Java, axis, du Gange, etc.) autour de 20 francs. On comprend qu’il s’agit d’une des grandes pièces de Barye, parmi les plus chères parmi les animaux, au même rang que « l’élan surpris par un lynx » (les personnages et les candélabres sont généralement d’un prix encore plus élevé).

Selon le « Catalogue raisonné des sculptures de Barye », de MM.Poletti et Richarme (Gallimard), le modèle a été créé en 1839. Dans « La griffe et la dent » (Les dossiers du Musée du Louvre), il est mentionné comme « apparu dans le catalogue Barye 1844 ».

Barye révèle encore ici son génie non seulement de modelage des animaux mais aussi de la mise en scène. Il n’a jamais quitté Paris et en tout cas n’est jamais allé en Amérique donc cette scène est sortie de son imagination. L’ocelot, parfois confondu avec le serval qui lui est africain, est un petit fauve d’Amérique du sud, pesant une bonne dizaine de kilos et mesurant 1,50 m du museau au bout de la queue. Il s’apprivoise bien : Salvador Dali en possédait un, du nom de Bambou, qu’il emmenait partout.

Notre ocelot a donc attrapé un héron : l’habileté du sculpteur est de montrer la victoire du fauve, rond, ramassé, satisfait, par contraste avec la grandeur déchue du héron si beau en vol mais dont les grandes ailes, les grandes pattes, le grand cou sont désormais épars, inutiles, ridicules. L’ocelot semble sans pitié pour ce monarque réduit à l’état de simple proie mais le fauve est encore tendu par la bataille qui a dû faire rage, à grands coups de bec et de griffes, de plumes envolées. C’est le romantisme de la nature sauvage et sans pitié qui ressort ici.

Monsieur C. donne les dimensions suivantes pour son bronze : 31,5 cm x 13,8 cm pour la terrasse. Le « Catalogue raisonné » donne plutôt 31,7 cm x 14,3 cm et dans « La griffe et la dent », on trouve 31,3 cm x 16,1 cm.
D’où viennent de tels écarts, trop importants pour être simplement le résultat d’une erreur de mesure ou des différentes fontes du même modèle ?
Dans « La griffe et la dent », ce ne sont pas les dimensions de la terrasse qui sont données, mais celles du bronze dans sa plus grande largeur, c’est à dire d’une aile du héron à l’autre. A ma demande, Monsieur C. a remesuré son bronze et il arrive exactement au résultat espéré : 16,1 cm de large (les 0,2 cm d’écart sur la longueur, soit 0,6%, n’ont pas d’importance sur un bronze de cette taille).
L’écart avec le « Catalogue raisonné », qui précise bien que ses mesures sont celles de la terrasse, a une autre explication, semble-t-il : ce bronze a été créé en deux versions, l’une avec une terrasse fine puis une autre avec une terrasse épaisse. Le Catalogue raisonné donne les dimensions du premier modèle et notre collectionneur possède l’un des exemplaires du second modèle. On notera que lors de la très belle vente Fabius en octobre 2011, c’est un exemplaire de cette version qui a été vendu par Sotheby’s.

On retrouve ce héron à terre dans une autre oeuvre de Barye : l’aigle tenant un héron. C’est exactement le même oiseau, dans la même position, au-dessus duquel l’artiste a placé un grand aigle aux ailes déployées (en deux versions légèrement différentes).

Outre la signature BARYE soulignée d’un trait, le bronze de Monsieur C. porte deux indications importantes : d’une part la marque du « F.BARBEDIENNE Fondeur », d’autre part le dessous du socle, avec le montage en plusieurs parties assemblées à vis, les deux barres, un numéro à l’encre (1080). Tout ceci indique évidemment une bonne fonte de Ferdinand Barbedienne de fin XIXème. La mention « Paris » sur la marque du fondeur aurait daté la fonte du XXème, ce qui est beaucoup moins apprécié. Notre amateur a également relevé une lettre « i » gravée sous le bronze et sur chacun des deux montants. Il s’agit probablement d’une indication pour le montage des différents morceaux de la pièce.

Quelle estimation pour ce beau bronze ? Curieusement, les résultats de ventes aux enchères donnent des chiffres très disparates. Mettons de côté les 15000 Euros de la vente Fabius en 2011, le bronze vendu présentant une ciselure exceptionnelle. On trouve par ailleurs :
– Drouot juillet 2006 : estimé 1500 à 1800 Euros mais invendu, ce qui est très étonnant (la pièce présentait-elle des défauts ?)
– New York Christie’s avril 2003 : adjugé l’équivalent de 18 800 Euros frais compris, donc plus qu’à la très belle vente Fabius de 2011. Les photos montrent une ciselure identique à la pièce de notre collectionneur.
– Rambouillet mars 1995 : adjugé l’équivalent de 3 400 Euros
– Londres mai 1991 : adjugé l’équivalent de 4700 Euros
Par comparaison avec des estimations récentes d’une pièce proche, l’aigle et le héron, je pense que ce très beau sujet pourrait être estimé autour de 3000 à 4000 Euros.

Août 10, 2012 | • La valeur d'un bronze ancien
Voici aujourd’hui un très amusant petit bronze signé Isidore Bonheur. Il représente une scène de cuisine, un chat tendant sa patte vers le feu qui couve sous la marmite tandis qu’un singe, assis sur une casserole retournée, la taille prise dans un collier, grignote quelque chose. Le carrelage de la cuisine est bien dessiné, avec ses tomettes hexagonales.
Il mesure 16,7 cm de long, 8,8 cm de large et 9,5 cm de haut

Isidore Bonheur, frère de Rosa et de Juliette Bonheur, beau-frère de Peyrol (qui fit fondre en bronze bon nombre des créations familiales) a réalisé de superbes sujets, en particulier des chevaux, taureaux et moutons, mais aussi des animaux plus rares : yack, bison, etc.
Ce petit bronze fait penser aux pyrogènes, sortes de vide-poche où l’on mettait autrefois les allumettes. Fratin en créa un grand nombre, fait de singes ou d’ours portant une hotte ou un panier.

Il est possible que la marmite, creuse, fasse effectivement office de pyrogène, mais en réalité cette scène est l’illustration d’une fable de La Fontaine :
LE SINGE ET LE CHAT
Bertrand avec Raton, l’un Singe et l’autre Chat,
Commensaux d’un logis, avaient un commun Maître.
D’animaux malfaisants c’était un très bon plat ;
Ils n’y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage.
Bertrand dérobait tout ; Raton de son côté
Etait moins attentif aux souris qu’au fromage.
Un jour au coin du feu nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire :
Nos galants y voyaient double profit à faire,
Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.
Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd’hui
Que tu fasses un coup de maître.
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu.
Aussitôt fait que dit : Raton avec sa patte,
D’une manière délicate,
Écarte un peu la cendre, et retire les doigts,
Puis les reporte à plusieurs fois ;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque.
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton
N’était pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces Princes
Qui, flattés d’un pareil emploi,
Vont s’échauder en des Provinces
Pour le profit de quelque Roi.

On s’étonnera peut-être de ce qu’un chat puisse s’appeler « Raton » mais après tout, pourquoi pas. Le plus intéressant dans cette affaire est que cette fable permet de retrouver le sens véritable de l’expression « Tirer les marrons du feu ». Aujourd’hui, on l’entend à peu près comme : « profiter gratuitement du travail préparatoire d’autrui ». Autrefois pourtant – et cette expression existait avant La Fontaine – elle signifiait plutôt : « travailler pour le compte d’autrui et n’en tirer aucun profit ». C’est bien ce qui arrive à Raton, que le malin Bertrand fait travailler mais qui ne parviendra pas à manger un seul marron, le singe les croquant au fur et à mesure qu’ils sortent de la braise. La morale renvoie d’ailleurs bien aux seigneurs et capitaines que le roi envoie à la guerre mais qu’il ne récompensera pas de leurs efforts.
J’aime beaucoup cette phrase de la fable :
Nos galants y voyaient double profit à faire,
Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.
En quelques mots, La Fontaine dessine parfaitement la mentalité des deux pirates, complices dans les mauvais coups qu’ils imaginent sans cesse.

Ce bronze ne porte pas de marque de fondeur mais il s’agit assurément d’une fonte ancienne. Il est apparu en vente à Paris à plusieurs reprises, à des prix élevés pour une pièce de cette taille : par exemple, en 2008, mis en vente par l’étude Coutau-Bégarie et estimé 1200 à 1300 Euros, il a été adjugé à 1800 Euros. Je pense que la valeur de cette pièce devrait plutôt tourner autour de 700 à 800 Euros, mais il faut bien reconnaître qu’elle semble très recherchée.
Avr 5, 2012 | • La valeur d'un bronze ancien
Marthe C., de Saint-Mandé, m’a apporté une bronze de Frémiet et m’a demandé ce que j’en pensais.

Comme Emmanuel Frémiet est sans doute, à mes yeux, le plus grand des sculpteurs animaliers, j’ai déjà souvent parlé de lui ici et le referai bientôt à propos de très beau et très émouvant livre « Frémiet » de Philippe Fauré-Frémiet. Et comme, au surplus, il y a beaucoup à dire sur ce bronze, je ne m’étendrai pas à nouveau sur le vie de ce très grand artiste (1824-1910).
Ce bronze, qui mesure 30 cm de long, 36 cm de haut et 12,5 cm de profondeur, est généralement appelé « Carabinier à cheval » mais a pour titre exact : « Cavalier d’un régiment de carabiniers, en grande tenue de service à cheval« . L’exemplaire de Marthe C. est légèrement incomplet : le haut de l’épée (je n’ose dire sabre car la lame est normalement droite et non pas un peu tordue comme sur cette pièce) et le fourreau manquent, mais ces petites réparations, que je conseille, seraient très faciles à faire.

On peut voir ce Carabinier au Musée des Beaux-Arts de Rennes, en entrant à gauche, où il a pour compagnie un « Cavalier d’un régiment de cuirassier de la ligne (1852-1858) dans la position « haut pistolet » ainsi qu’un « Artilleur à cheval« .
Je tire ces noms très précis du livre co-édité par le Musée des Beaux-Arts de Dijon et le Musée de Grenoble « Emmanuel Frémiet – La main et le multiple ». Y sont également montrés (je ne mets pas les noms complets, un peu long…) un Brigadier des Cent-Gardes, un Gendarme à cheval, un Artilleur au manteau, un Zouave en grande tenue, un Zouave couché, un Zouave assis, un Chasseur à cheval, un Grenadier de la Garde, un Cheval d’armes au piquet, etc. Là aussi, les noms exacts sont impressionnants de précision. Par exemple, pour cette dernière pièce, le nom est : « Cheval d’armes d’officier du 1er régiment de carabiniers (1852-1865) en garnison à Versailles« . Toutes ces pièces ont été réalisées entre 1855 et 1865.

Que signifie cette collection ? Pourquoi Frémiet s’est-il soudainement pris de passion pour l’armée ?

Il faut chercher la réponse dans le livre de Philippe Fauré-Frémiet mentionné plus haut. Il cite une lettre de l’artiste lui-même :
« Un jour, écrit Frémiet, à une revue, une vedette d’artilleur à cheval m’avait intéressé par son originalité ; j’en fis une statuette que le surintendant vit dans mon atelier et qu’il porta à l’Empereur. Sa Majesté eut alors l’idée de me faire faire, de même, toute l’armée française, avec ce perfectionnement que les statuettes seraient complétées par de la peinture.
Explications : une « vedette » est une sentinelle à cheval ; l’Empereur est Napolon III et le surintendant est le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts sous le second Empire et qui fut en quelque sorte le protecteur de Frémiet.

Le sculpteur accepte donc la commande à condition que les pièces puissent être éditées, ce qui est accepté. Connu pour son remarquable sens du détail, Frémiet raconte :
« Je pensais alors au meilleur moyen de me tirer du mauvais pas de la peinture de ces figurines. Je pris d’abord de la poussière de laine pour papiers veloutés et avec un mordant, je fis prendre cette poussière sur tout ce qui était vêtements dans les petits soldats ; les fourrures des talpacks et des paquetages furent obtenues de même avec de la soie floche hachée, les brides des chevaux découpées dans de la peau de gant ; tout ce qui dans la nature était en métal, cuirasses, casques, armes, boutons, etc., fut exécuté en bronze avec un soin microscopique, les lisérés des pantalons étaient imités par des fils de soie collés sur les étoffes. »
On imagine le travail colossal et la merveille que représentait cette collection, qui comptait 72 costumes différents et une pièce d’artillerie tirée par des chevaux.

Qu’est devenue cette série magnifique ? Le pauvre Frémiet eut hélas bien des malheurs avec elle. Outre qu’elle lui a finalement bien peu rapportée au regard du temps extrême qu’elle lui prit (il explique que l’habillage lui prenait autant de temps que la réalisation en sculpture), elle connut dès sa conception un premier épisode douloureux :
« Une fois, un précepteur du Prince Impérial trouva simple, pendant une visite d’un jeune Fleury au Prince, de livrer tous ces soldats comme joujoux aux deux enfants ; le gros oeuvre de ces statues étant en plâtre, à la fin de cette séance, il y avait 23 statuettes avariées. On les fit porter chez moi et Madame Frémiet, qui m’aidait dans les difficultés minutieuses de l’habillage des statuettes, travailla deux mois et demi à réparer le dommage ; on reporta aux Tuileries les objets remis en état, et jamais nous n’eûmes, pour cette corvée gracieuse de notre part, ni une attention ni un remerciement. »
A la lecture de ces lignes, on tremble de rage contre le précepteur imbécile et l’on imagine la tête du pauvre sculpteur en découvrant les dégâts et le peu de considération portée à son oeuvre remarquable.

Il est amusant d’apprendre que cette histoire, déformée, fut racontée par les frères Goncourt dans leur Journal. D’après eux, le Prince Impérial jouait avec les statuettes sur le plancher quand un gros homme entra, buta et tomba « en plein sur l’armée française qu’il écrase et démolit presque entièrement ». Cet homme était le Général Leboeuf. On déclara donc que c’était le « pronostic de ce qui allait arriver ». Pour éclairer cet trait d’esprit, il faut savoir que Leboeuf fut ministre de la Guerre à l’époque de la guerre contre la Prusse en 1870, qui provoqua la chute de l’Empire. Pour l’anecdote, c’est lui qui déclara : « Nous sommes prêts et archi prêts. La guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats« . Encore une occasion de méditer sur le coq, symbole de la France…

Frémiet raconte encore qu’il dût accéder au souhait de l’Empereur de figurer parmi les statuettes mais que la pièce fut critiquée par l’Impératrice (Frémiet précise « les aides de camp firent chorus », évidemment…) parce que l’Empereur auraient eu les jambes, au-dessus des genoux, trop courtes « malgré les mesures ». Frémiet dut refaire la pièce à ses frais.
Une autre fois, le surintendant commanda à Frémiet, à l’insu de l’Impératrice et pour lui en faire la surprise, une statuette du Prince impérial en grenadier de la garde. Cette fois, Eugénie le trouva trop pâle et la pièce fut rendue à son auteur… Navré, Nieuwerkerke l’acheta 300 francs pour tenter d’indemniser le pauvre sculpteur.

Frémiet cite encore un incident qu’il qualifie cette fois de comique : il avait besoin de choisir un modèle de cheval et d’homme pour réaliser son Chasseur à cheval. Il se rendit donc à la caserne d’Orsay et rencontra le Colonel. Celui-ci déclara que ce choix lui appartenait et qu’il allait donc désigner à Frémiet le modèle à retenir. Malgré les explications de l’artiste, qui ne voulait pas forcément le plus bel homme ni le plus beau cheval mais ceux qu’il considérait comme les plus intéressants, l’officier ne céda pas. Frémiet non plus et ils se quittèrent très froidement. Le modèle fut finalement mis à califourchon sur une chaise… Ce colonel me fait d’ailleurs penser à une blague un peu méchante : « Les cavaliers sont comiques : même à pied, ils vous regardent du haut de leur cheval »…

Mais le plus grand malheur qui frappa cette collection fut sa destruction complète lors de l’incendie des Tuileries par les Communards en mai 1871. Le récit de cette mise à sac, par exemple au lien ci-dessous, est poignant et son « sadisme » constitue encore l’un des grands moments d’illumination intellectuelle révolutionnaire, comme la destruction de très nombreuses statues religieuses sous la Révolution… Ne nous croyons pas à l’abri d’une nouvelle folie de ce genre.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Palais_des_Tuileries#Incendie
Seules quatre statuettes, dispersées, ont été préservées, et une douzaine, que Frémiet avait eu le temps de rééditer en bronze. Le Carabinier à cheval de Madame C. est une édition de l’un de ces modèles sauvé par Frémiet.
Ce bronze, et l’ensemble de la collection, ont donc une histoire remarquable, à garder en mémoire quand on admire les détails exceptionnels de cette pièce, qui mérite donc une légère restauration au fourreau et à l’épée. La tête du cheval, que l’on voit ici en gros plan, ne mesure que 8 cm du bout des lèvres au haut des oreilles.

Combien vaut un si joli bronze, dont la patine est également très belle ?
Il apparaît très rarement dans les ventes aux enchères donc il est bien difficile de donner avec certitude une « cote » pour cette pièce. J’en ai trouvé deux traces :
– Drouot mars 2009 : estimé 2500 à 3000 Euros, il n’a pas trouvé preneur.
– Drouot début 2012 : estimé 1500 à 2000 Euros, il a été adjugé 2000 Euros
Pour ma part, je considère que la valeur de ce bronze est plutôt de 3000 Euros minimum.
Si ces anecdotes de la vie d’Emmanuel Frémiet vous ont plu, sachez que j’en raconterai bien d’autres d’ici quelques jours à propos du livre de Philippe Fauré-Frémiet.
Vous avez un bronze animalier et voulez en savoir plus sur lui ?Envoyez-moi des photos très nettes (vue d’ensemble, signature, marque éventuelle du fondeur, dessous du socle) avec les dimensions exactes de la pièce et je vous répondrai. Envoyez ces éléments à : damiencolcombet@free.fr
Mar 29, 2012 | • La valeur d'un bronze ancien
Voici une pièce amusante envoyée par un internaute qui me dit en avoir hérité. Il m’indique que ce bronze porte la signature Fratin, mais que le N est à l’envers. Il y a également une marque : « Daubrée ». Il me demande un avis sur ce modèle, qui mesure 26 cm de haut, 22 cm de long et 14 cm de profondeur.
Ce singe est bien de Christophe Fratin (Metz 1801 – Le Raincy 1864), qui étudia le dessin à Metz puis à Paris dans l’atelier de Géricault. Il fut très populaire en son temps, en France et dans le reste de l’Europe, en particulier en Angleterre. J’ai déjà parlé de cet artiste à propos de son Taureau.
Dans le Dictionnaire des bronzes du XIXème, Pierre Kjellberg indique que ses fondeurs furent Thiébaut, Quesnel, Braux, Susse, Richard-Eck-et-Durand et… Daubrée. C’est précisément la marque que porte le bronze de notre internaute.
Intrigué par ce nom de fondeur que je ne connaissais pas, j’ai découvert, dans ce même Dictionnaire de P.Kjellberg, qu’Alfred Daubrée « possédait un magasin d’orfèvrerie à Nancy avant de s’établir, dans les années 1850, marchand de bronzes d’art et de bijouterie 85 rue Montmartre à Paris. Il édite un certain nombre de bronzes de Fratin, Cumberworth […]. Il aurait eu recours à des intermédiaires pour vendre ses bronzes, qui ne portent que rarement sa marque. […] Lors de l’Exposition Universelle de 1867, il est cité parmi les fondeurs réputés de l’époque. Son fils lui succède après sa mort en 1885. »
Toujours dans ce Dictionnaire, est mentionné parmi les œuvres de Fratin « Le singe aux paniers ».
Je me suis également plongé dans un petit ouvrage édité en 1983 : « Le sculpteur animalier Christophe Fratin – Essai sur sa vie et son oeuvre » par Jacqueline J.A. Bougon, archiviste de la Société Historique du Raincy. Y est citée une lettre de Madame Bizard-Daubrée au Musée de Metz, à l’occasion du don d’une oeuvre de Fratin. Elle est la belle-fille d’Alfred Daubrée qui, raconte-t-elle, fut « éditeur d’un très grand nombre d’œuvres de Fratin, il fut lié à celui-ci par des sentiments de grande cordialité ».
Fratin a réalisé de nombreux singes (une vingtaine) et ours (une quarantaine), les « humanisant » très souvent : Ours lisant un journal politique, Ours dentiste, etc. Ce singe fait partie de cette veine, que Fratin aimait mais qu’il considérait seulement comme une distraction car il ne les présenta jamais au Salon.
Pour ma part, je suis assez réservé sur les œuvres de Christophe Fratin, qui était certainement doué d’un grand talent, comme le prouve par exemple son « Lion dévorant un cheval », ses « Jument et poulain », sa « Jument au baquet » ou encore son « Cavalier en armure », mais ses fauves frisent le ridicule. Ses petits animaux humoristiques, à quelques exceptions près, sont assez sommaires. On dirait que ce sculpteur a un peu dilapidé par jeu ou manque de persévérance son talent, qui lui a pourtant permis de sculpter par exemple « L’éléphante défendant son petit contre un lion », que l’on peut voir au Musée des Beaux-Arts de Lyon.
Il reste la question du N à l’envers sur votre bronze. Dans le Dictionnaire des sculpteurs animaliers, du Dr Hachet, la signature de Fratin est reproduite. Et le N est bien à l’envers. Il faut savoir que cette interversion du N était courante jusqu’à une date assez récente.
En résumé : ce bronze est bien de Fratin et il a probablement été fondu du vivant de l’artiste, ce qui lui donne de la valeur. Son sujet est amusant. Le singe est un peu sommaire (par exemple sur les bras) mais la tête et les paniers sont bien faits. Il est assez grand.
Je n’ai pas trouvé de trace, dans les ventes aux enchères, de ce modèle exactement, mais je n’ai certainement pas tout regardé. En revanche, j’ai trouvé à de nombreuses reprises un singe avec une hotte, un singe assis fumant sa pipe, etc. Ils étaient généralement estimés autour de 2000 Euros. je pense que la marque du fondeur et la taille plus importante de ce modèle pourrait le faire monter à 2500 Euros voire peut-être 3000 Euros.
Vous possédez un bronze animalier et vous voulez en connaître la valeur ? Envoyez moi des photos très nettes (vue d’ensemble, dessous du socle, signature, marque éventuelle de fondeur) et les dimensions exactes à damiencolcombet@free.fr et je vous répondrai.