« Art contemporain Manipulation et géopolitique » – Aude de Kerros

« L’art contemporain » est une source sans fin de commentaires, d’analyses, de critiques ou de louanges. Le fait qu’il s’agisse généralement d’un art conceptuel ne facilite pas les échanges : ses contempteurs se font traiter d’ignares par ses défenseurs tandis que ceux-ci passent au mieux pour des naïfs, au pire pour des spéculateurs.

L’un des ouvrages de référence pour tenter d’y comprendre quelque chose reste selon moi le livre de Jean-Louis Harrouel « La grande falsification » (2015), qui décrit très bien la place prépondérante prise l’artiste sur l’œuvre et ce que cela entraîne.

Critique art contemporain Colcombet

Un autre livre sur le sujet est paru en 2019 et a été réédité en 2020 : « Art contemporain – Manipulation et géopolitique ». Son auteur, Aude de Kerros, a écrit plusieurs ouvrages critiques sur l’art contemporain, ainsi que de nombreux articles de presse. Intéressant par son apport géopolitique et historique, ce livre n’échappe pas hélas aux défauts que j’avais trouvés aux précédents : l’absence de fil conducteur, de trame guidant le lecteur au long de la démonstration. C’est donc par moment une sorte d’inventaire dont on ne comprend pas toujours la finalité : liste des musées d’art contemporains dans le monde, des grandes foires, des maisons de vente aux enchères, etc.

Art contemporain Aude de Kerros

C’est dommage car ce livre regorge d’informations intéressantes. Certaines pages sont ainsi très éclairantes sur le déplacement du marché de l’art des grandes capitales européennes – au premier plan desquelles Paris – vers New York, Miami et l’Asie, sur la position de l’art russe et de l’art chinois, tous deux extrêmement méfiants vis-à-vis de l’art contemporain fortement soutenu par les Etats-Unis, ou sur la naïveté française face au bulldozer américain. On y apprend ainsi que la sculpture et la peinture sont encore enseignés à un haut niveau en Chine comme en Russie. Je me pose d’ailleurs toujours la question de savoir pourquoi, en France, les conservatoires de musiques sont restés des lieux d’enseignement très exigeants alors que les beaux-arts ont totalement sombré…

Dans son livre, l’auteur explique que, pour des raisons mercantiles, l’art contemporain (« AC ») a évolué dans les années 2000 et qu’il ne se positionne plus en rupture avec l’art traditionnel mais qu’il veut au contraire se placer à tout prix comme sa suite naturelle. De fait, il n’y a plus guère de musée qui ne choisisse de mettre quelques œuvres d’AC aux côtés des toiles impressionnistes, des sculptures de Carpeaux ou des triptyques religieux baroques, sous prétexte de « dialogue des œuvres ». C’est en fait une évidente recherche de légitimité d’artistes contemporains, qui pourtant excluent « tout retour à des notions d’harmonie, d’esthétique et de beauté, de contenus spirituels ou enracinés ». « L’esthétique kitsch associée au conceptualisme nihiliste est la formule magique développée au tournant du millénaire pour faire de l’art commercial une culture universelle ».

Aude de Kerros établit un parallèle intéressant entre la crise des subprimes de 2008 et l’AC. Le krach financier a révélé que les produits financiers dérivés n’avaient pas de contrepartie matérielle tangible et qu’ils étaient en fait extrêmement fragiles. De même, dans les contrats de vente d’AC, « ce qui est vendu est l’immatériel « concept » et non l’objet. Sa réalisation matérielle est un détail à régler en plus : elle peut être produite ou non, ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard ». Ainsi, cela « permet de déplacer des sommes d’argent sans bouger l’objet, ou sans objet ».

S’il y a une telle similarité, pourquoi l’AC n’a-t-il pas subi la crise des subprimes ? Selon l’auteur, c’est en raison de « la discipline et la solidarité entre tous les acteurs de la chaîne de fabrication de la valeur (collectionneurs, salles des ventes, grandes galeries, institutions et médias). »

Faut-il alors désespérer de l’art actuel ? Non, répond A. de Kerros. Alors que l’AC semble avoir exclu « toute œuvre portant à la contemplation, une réalité anthropomorphique demeure : la « libido de l’œil, son plaisir sensuel, son appétit, sa délectation ». Il suffit de regarder les œuvres mises en avant sur Pinterest pour voir que le Beau fait toujours son effet et que « Le Prince Napoléon et chien Miro » de Carpeaux séduit plus qu’un bouquet de tulipes mal stylisées ou un veau baignant dans le formol… La circulation élargie et à grande vitesse des images, partout dans le monde, empêche désormais d’affirmer qu’il n’existe plus qu’un seul art, l’AC.

C’est sans doute cette fluidité du Beau, de l’attachant, qui a conduit l’AC à évoluer : capable d’écraser la peinture en Europe, le réalisme socialiste à l’Est, « d’interdire toute démarche artistique engendrant une hiérarchie des talents, afin d’exercer la promotion arbitraire de la médiocrité », il a dû trouver un substitut à l’un de ses défauts, la froideur du concept, en se tournant vers le kitsch, « divertissant, immédiatement perceptible et mémorisable sans discours », vers la mode et le design.

Aude de Kerros met en vis-à-vis l’AC lourdement promu par les Etats-Unis, qui en font un « soft power » puissant, et la situation de l’art en Russie et en Chine. Outre-Atlantique, l’absence de racines historiques de l’AC est compensée par un discours de « contestation de la culture occidentale, dominée par l’homme blanc ». Tout est « revu sous l’angle des questions de classe, d’appartenance ethnique, de genre. L’idéologie dominante choisie est le multiculturalisme, ruse qui a consisté à consentir hypocritement un pouvoir symbolique aux minorités. Le but réel est l’uniformisation du monde par l’effacement des civilisations ».

La position russe n’est pas la même : après avoir été « sidérée » par l’ouverture à l’Occident, noyée sous les meutes d’experts et de consultants des institutions mondiales, la Russie a compris le rôle de « soft-power » de l’AC et, ayant subi pendant des décennie la propagande, elle ne tombe pas dans le panneau. Comme la Chine, qui défend sa civilisation, elle « préfère savourer la diversité de l’art dont elle a été cruellement privée ».

En conclusion, l’auteur énonce les principales menaces pesant sur l’AC : le grand doute issu du krach financier de 2008 et qui commence à peser sur la solidité les valeurs financières cotées en Occident, l’extrême étroitesse du milieu social qui défend l’AC, le risque d’effondrement de la pyramide de Ponzi qu’il constitue, l’inanité du discours accompagnant l’AC, discours « qui donne une impression de sénilité et de radotage ».

 

VŒUX, ORYX, CACHALOT, PATRIARCHE, BARYE…

En ce début d’année, je souhaite à tous les amateurs d’art et admirateurs de la Nature mes vœux pour une excellente année 2019.

Bronze Colcombet cachalot et petit

A peine sortis de la fonderie pour le vernissage de l’exposition à la galerie Estades de Paris, le cachalot et son petit ont été acquis par un collectionneur, qui a néanmoins accepté de les laisser place des Vosges jusqu’à la fin de l’exposition. Le deuxième exemplaire, en cours de fonte, étant promis au même destin, me voilà rassuré sur l’accueil réservé à cette création d’un nouveau genre. Je continuerai certainement à explorer le monde des mammifères marins, qui m’impressionne beaucoup. Les photos du modèle en bronze sont visibles dans le menu « Les oeuvres« 

Bronze Colcombet grand éléphant d'Afrique défenses

J’ai souhaité agrandir le vieil éléphant appelé « Le Patriarche« , ce que sait faire la fonderie Barthélémy Art à Crest. Cela demande beaucoup de travail puisqu’il faut reprendre complètement le modèle en cire agrandi grâce à l’imprimante 3D pour effacer toutes les traces trop géométriques (lignes d’impression), ajouter de la matière, retracer les plis et ciseler les détails trop peu visibles. Le modèle ainsi complètement repris est moulé et permet l’édition de nouveaux exemplaires. L’agrandissement est assez conséquent puisqu’il pèse près de 30 kg, mesure 65 cm de long, 44 cm de haut et 38 cm de large. Le premier exemplaire a lui aussi été acquis par un collectionneur dès le vernissage de l’exposition parisienne. D’autres exemplaires sortiront de la fonderie d’ici deux mois. Les photos sont là aussi visibles dans le menu « Les oeuvres« .

Colcombet Barye cerfs Chasses Internationales

Sur mon site, dans le menu « L’artiste » puis « Revue de presse« , vous trouverez un nouvel article : il s’agit d’une double page que j’ai rédigée pour la prestigieuse revue « Chasses Internationales« . Elle traite des sources d’inspiration du grand sculpteur Antoine-Louis Barye (17895-1875), qui a réalisé plus de 35 modèles de cerfs de différentes espèces.

Bronze Colcombet oryx antilope

Et enfin, une nouvelle création : l’oryx tête tournée. J’ai déjà modelé trois oryx au galop il y a quelques années et dans la note explicative, je disais combien j’aimais cette antilope puissante (plus de 200 kg), si élégante avec ses longues épées sur la tête et ses lignes noires qui soulignent harmonieusement la tête et le corps.

Oryx gemsbok

Oryx gemsbok

Cette fois, l’animal est arrêté et observe, mais on devine qu’il est aux aguets, prêt à charger (c’est un animal assez belliqueux et courageux) ou à fuir de son galop de cheval. L’oryx gemsbok, à l’allure plus « athlétique » que celle des deux autres sous-espèces (oryx d’Arabie et oryx algazelle), est l’un des animaux emblématiques de la Namibie, où on le rencontre en abondance. C’est d’ailleurs là qu’on trouve les plus cornes les plus longues. Le record date de 1981 dans le Kalahari : c’est un mâle dont les cornes mesuraient 1,23 m. Vous pourrez retrouver plusieurs photos de ce nouvel oryx dans le menu « Les œuvres« .

Oryx Algazelle

Oryx algazelle