Sur ce site, j’ai souvent évoqué le nom de Antoine-Louis Barye, ce grand artiste français du XIXème siècle dont on peut dire qu’il a « inventé » la sculpture animalière. Pas une semaine sans mise en vente d’un de ses bronzes dans les salles des ventes – avec des fontes de qualités fort variables d’ailleurs.
AL Barye par J F M Dallemagne 1866
Barye fut un génie en ce sens qu’il maîtrisait parfaitement sa technique et qu’il a créé une grande oeuvre : des sculptures d’animaux représentés pour eux-mêmes et non pas pour servir de support à un personnage illustre comme on le faisait alors avec les chevaux, pour incarner une divinité comme le faisaient les Egyptiens, pour incarner une vertu comme on le faisait pour les chiens. Bien sûr, avant lui, il y avait quelques exceptions, mais peu. Or, quand Barye se mit à modeler un lion, un tigre, un éléphant, une girafe observés à la Ménagerie du Jardin des plantes de Paris qui venait d’ouvrir ses portes au public, ce fut une véritable révolution dans l’art, ce que critiques et collectionneurs perçurent immédiatement.
Modèle original en plâtre du Lion au serpent de A.-L. Barye (musée des Beaux-arts de Lyon).
Le tirage en bronze est au musée du Louvre.
Barye a été suivi d’un grand nombre de sculpteurs, qu’il a souvent formés. Rodin ne tarissait pas d’éloges sur son maître. Parmi ceux qui ont marché sur les traces illustres de Barye, citons Fremiet, Mêne, Cain, Isidore Bonheur, Valton, Cartier, et tant d’autres. Le musée du Louvre et celui d’Orsay possèdent une importante collection de sculptures de la main de Barye mais ce sont certainement les Etats-Unis qui en possèdent la plus complète puisqu’un riche Américain lui commanda un exemplaire de chaque modèle. Outre-Atlantique, Barye et Rodin sont les sculpteurs français les plus connus.
Lion qui marche (sur une rare terrasse rocailleuse) – Bronze
Barye, qui eut un fils sculpteur, Alfred, a participé à la reconstruction du Louvre en réalisant des scènes allégoriques. Des lions assis monumentaux sont visibles près de l’une des entrées, sur les quais, à la bien nommée Porte des Lions. Sous Napoléon III, il avait été envisagé de lui commander un aigle dont l’envergure dépassait les 20 mètres et qui devait coiffer l’Arc-de-triomphe.
Eléphant indien – Bronze
Lion se reposant – A.-L. Barye
Académicien, professeur au Muséum, Barye était également peintre. A Paris, au bout de l’île Saint-Louis, se dresse un monument à sa mémoire. De nombreux ouvrages sur cet artiste sont parus en France et à l’étranger dont le Catalogue raisonné de ses sculptures (MM.Richarme et Poletti – Gallimard), ouvrage de référence pour tout collectionneur. Des galeries d’art comme L’Univers du bronze ou la galerie Nicolas Bourriaud à Paris présentent certaines des plus belles oeuvres de Barye.
Monument à Barye – Ile de la Cité à Paris
Pour en savoir plus sur Barye, lisez l’article ci-dessous que je lui ai consacré dans Chasses Internationales et que vous trouverez ici : Les cerfs de Barye
Pourquoi vous parlez de Antoine-Louis Barye cette année ? Parce qu’il est né en 1795, mort en 1875 et que nous sommes en 2025 donc que nous fêtons le 230ème anniversaire de sa naissance et le 150ème anniversaire de sa disparition. Ou plutôt nous devrions car personne n’en parle ! Fin 2023 et début 2024, j’ai écrit au Louvre, à Orsay, au musée des Beaux-arts de Lyon, à La Poste en leur suggérant de célébrer ce double anniversaire par une exposition, un livre, une planche de timbres. Las, les musées m’ont répondu que Barye ne figurait pas dans leur programmation et le service Philatélie de La Poste ne m’a même pas répondu (alors que j’ai l’accusé de réception de mon courrier).
Comme c’est triste ! Mon seul espoir de voir cette année marquée d’une pierre blanche est une initiative privée qui verra le jour en septembre et pourrait être aussi originale qu’intéressante. Je vous en reparlerai à la fin de l’été.
Perruche posée sur un arbre, tête tournée à droite – Bronze.
En ces premiers jours de janvier, je vous présente tous mes vœux pour une excellente année 2020, pleine de joies en particulier artistiques. Je vous souhaite de vous promener dans la campagne, de vous émerveiller devant la Nature, de visiter beaucoup de musées et de galeries, d’enrichir votre collection d’œuvres d’art, de découvrir de nouveaux artistes, contemporains ou disparus, de fréquenter les zoos et les salles des ventes et bien sûr de rester fidèle au lien que s’efforce de créer la Lettre d’information à laquelle vous pouvez vous abonner sur la page d’accueil de mon site.
Photo Diane Vo Ngoc
Pour ma part, en réponse à de nombreuses de demandes, je tâcherai de communiquer avec vous un peu plus régulièrement et en particulier de publier à nouveau des notes sur les livres sur l’art, la nature ou encore des avis sur des bronzes anciens, ce que l’on me réclame souvent.
En 2020 comme les années passées, j’espère pouvoir continuer à créer une dizaine de nouveaux modèles, pourquoi pas quelques-uns d’assez grande taille, sur des thèmes déjà explorés ou bien nouveaux. Les idée ne me manquent pas ! D’ici fin février, je devrais pouvoir vous montrer l’édition en bronze des bisons d’Amérique au galop. Et bien sûr, chaque mois, je me rendrai à la fonderie Barthélémy Art (Drôme) pour retoucher moi-même chacune de mes cires et chacun de mes bronzes.
Une exposition à la galerie Estades de Lyon est prévue fin 2020.
ENCORE QUELQUES JOURS D’EXPOSITION A BRUXELLES
L’exposition « The wild ones – 5 sculpteurs : la passion d’une vie » qui se tient actuellement à la galerie Couck à Bruxelles est un succès. De nombreuses œuvres ont rejoint des collections privées. Il reste encore quelques jours (jusqu’au 12 janvier) pour voir les sculptures de Michel Bassompierre, d’Isabelle Brizzi, d’Isabelle Carabantes, de Chantal Porras et les miennes, ainsi que les étonnantes œuvres du peintre Xiao Xia.
La galerie Couck Art (https://couckart.be/) est installée dans le très chic quartier du Sablon à Bruxelles, à l’angle des rues Van Moer et Allard. Elle est ouverte tous les jours du mardi au dimanche inclus.
NOUVELLE CRÉATION : LE GRAND OURS POLAIRE
Je porterai à la fonderie la semaine prochaine une nouvelle création : un ours polaire. Il est visiblement en mouvement : se dresse-t-il sur ses postérieurs ? Va-t-il au contraire retomber de tout son poids sur ses antérieurs ? Est-il en train de charger ? Chacun imaginera ce qu’il voudra.
L’ours polaire (Ursus maritimus) est l’un des plus grands carnivores terrestres. Originaire de l’Arctique (curieusement, il n’y en a pas au Pôle Sud de même qu’il n’y a pas de manchot au Pôle Nord), ce géant peut atteindre 800 kg et 3 m de long. Le record est de plus de 1,1 tonne. Tout le monde connaît sa silhouette plus effilée que celle de l’ours brun. Son cou est en effet plus long, son museau plus proéminent et il n’a pour ainsi dire pas de front. Ses pattes, munies de griffes redoutables, sont très grandes. Sous sa fourrure, qui varie du blanc pur au jaune sale, sa peau est noire. La population d’ours polaires est estimée à 20 000 – 25 000 individus. On observe certains animaux issus du croisement entre ours polaire et grizzli. Leur fourrure est très claire. Ils sont appelés localement Grolar ou Pizzli, mélange des termes Polar bear et Grizzli.
Mon modèle (hauteur : 25 cm) est un grand mâle, puissamment armé de grandes griffes, un peu efflanqué comme ceux qui sortent de l’eau, ce qui permet, en jouant avec les plis de la peau et les arêtes de certains os, de lui donner plus de « personnalité » que s’il s’agissait d’un animal tout rond.
Depuis des années, je propose de donner gracieusement mon avis sur vos bronzes animaliers anciens et leur valeur. Je réponds à toutes les demandes à condition que l’on m’envoie les dimensions exactes de l’oeuvre ainsi que de bonnes photos de l’ensemble de la sculpture, de l’éventuelle marque du sculpteur et du fondeur et surtout le dessous du socle, véritable carte d’identité d’un bronze. Ainsi, en 2019, j’ai répondu à plus de 80 demandes. On m’a envoyé beaucoup de photos de modèles de Barye, Mêne, Delabrierre, Frémiet, Moigniez, Cartier mais aussi quelques Isidore Bonheur, Fratin, d’Illiers, Le Faguays, Troubetzkoï, Comolera, Vidal, etc.
Examen d'un modèle rare de A.-L. Barye : "L'hémione"
Beaucoup de modèles qui m’ont été soumis n’avaient hélas pas une grande valeur car il s’agissait souvent de fontes tardives, de copies ou surmoulages ou bien de bronzes non signés et non attribuables à un grand sculpteur. Lorsqu’on demande un avis sur une oeuvre, il faut s’attendre au risque d’être fort déçu, d’autant plus que la valeur des bronzes anciens a fortement baissé ces quinze dernières années, tout comme celle des meubles anciens, argenterie, etc.. Je conseille toujours néanmoins de montrer le bronze à un commissaire-priseur afin de confronter mon avis au sien. Il est rare que nos opinions divergent.
Il est important de savoir que la signature apparaissant sur l’oeuvre n’est pas un gage d’authenticité. On m’a montré une oeuvre toute récente (peut-être sortait-elle tout juste du four… !) représentant un visage et portant le nom d’un grand sculpteur animalier XIXème. Evidemment, cette signature a été apposée là pour tromper.
Un bronze tout à fait contemporain portant une signature A.Barye !
De même, on trouve aujourd’hui sur le marché un grand nombre de rééditions, assez bien faites pour leurrer un amateur peu méfiant, et qui portent des noms prestigieux comme Pompon, Bugatti, Godchaux, etc. Pourquoi ne pas les acheter comme objet de décoration mais il faut savoir que leur valeur est faible et qu’il sera bien difficile de les revendre un jour sans faire une importante moins-value.
Heureusement, j’ai eu le plaisir de recevoir aussi des photos de très belles œuvres, incontestablement anciennes, très bien ciselées et à la patine impeccable, portant la marque de grands sculpteurs. Parfois, la marque d’un très bon fondeur était passée inaperçue – elles peuvent être extrêmement discrètes – et ce fut une bonne surprise de la trouver cachée dans un creux, sous le socle ou ailleurs.
Superbe étalon par Isidore Bonheur - fonte ancienne de Peyrol
UN ARTICLE TRIMESTRIEL DANS « CHASSES INTERNATIONALES »
Cette année encore, je continuerai mon partenariat avec la belle revue trimestrielle « Chasses Internationales », où j’écris deux pages consacrées à une oeuvre ou à un artiste. Après « La Croix du veneur » de Le Duc, le poney portant un cerf de I.Bonheur, les cerfs de A.-L. Barye, les éléphants de R.Godchaux, le portrait de J.Oberthür, retrouvez ici mon dernier article, qui évoque Armand Petersen : http://colcombet.com/12004-2/
Il est temps de renouer avec les notes sur « La valeur d’un bronze« , la dernière datant d’avril 2015. Depuis cette date, j’ai reçu plus une soixantaine de demandes d’avis, auxquelles j’ai répondu systématiquement, mais je n’ai guère vu d’œuvres susceptible de faire l’objet d’une note : artistes déjà étudiés plusieurs fois (les bronzes de Barye, Mêne et Delabrierre sont les sculpteurs dont on me soumet le plus souvent les créations), copies et fontes tardives sans beaucoup d’intérêt, photos de trop mauvaise qualité pour pouvoir les publier ici, etc.
Mais voici une belle sculpture d’un artiste dont je n’ai pas encore parlé : le Comte du Passage.
Monsieur T. me soumet d’excellentes photos d’une très grande pièce mesurant 110 cm de long, 45 cm de large et presque 70 cm de haut : « Cheval à l’entraînement et son lad« .
Arthur Marie Gabriel Comte du Passage est né à Frohen-Le-Grand dans la Somme en 1838 et y est mort en 1909, au château de Bernaville. Il commença une carrière militaire et pratiqua en même temps la sculpture auprès de maîtres illustres : Barye et Mêne. Alors qu’il est sous-lieutenant à Maubeuge, il expose au Salon en 1865. Il réalise aussi des dessins de sport publiés dans les journaux de l’époque. Toutefois, à cette époque de sa vie, il considère tout cela comme une simple formation artistique et n’envisage pas de quitter la carrière militaire pour l’art.
Hippodrome de Lyon Parilly
C’est en 1862 qu’une lourde chute de cheval le handicape définitivement et qu’il doit quitter le métier des armes. S’il a les plus grandes difficultés à se déplacer à pied, il peut encore monter à cheval et suivra de nombreuses chasses à courre. Par ailleurs, il se lie d’amitié avec Toulouse-Lautrec.
Le sculpteur travaillait dans son atelier, au château de Bernaville à Frohen, et envoyait régulièrement ses œuvres au Salon des Artistes Français.
Arthur du Passage a deux proches également artistes : son fils Edouard-Guy, essentiellement peintre et aquarelliste, et son frère Charles-Marie (1848-1926), sculpteur animalier dont l’œuvre tourne essentiellement autour de la chasse.
Tout ceci est décrit notamment dans deux ouvrages : le Dictionnaire des bronzes du XIXème siècle, par Pierre Kjellberg (Editions de l’Amateur), et dans “A nos chevaux et à ceux qui les sculptent”, de Guy de Labretoigne, très beau livre paru récemment (Art-Select). Notre bronze est d’ailleurs reproduit en photo dans ces deux livres.
« A nos chevaux et à ceux qui les sculptent » – G. de Labretoigne
Arthur du Passage a réalisé un nombre relativement limité de modèles, essentiellement des chevaux et cavaliers mais aussi quelques chiens, un lièvre, un chevreuil attaqué par deux chiens. Parmi ses œuvres, j’ai relevé un très beau “Cheval marchant avec son lad” et un “Contrebandier” intéressant. Le cheval et le lad étaient visiblement des sujets de prédilection puisqu’il fit aussi une “Jument sanglé par son lad” et donc ce “Cheval à l’entraînement avec son lad”. On ne connaît pas toujours ses fondeurs, mais il y eut au moins Colin, bien connu et apprécié, et Boudet. Notre internaute n’a pas vu de cachet de fondeur, mais il peut être difficile à distinguer.
Ce modèle est très connu et a été fondu en plusieurs exemplaires. Personnellement, je lui trouve comme petit défaut que le cheval semble un peu trop bas, trop près du sol, et qu’il aurait été plus élégant en étant un rien plus en hauteur. Mais c’est néanmoins une très belle pièce, très dynamique et originale. Dans les plus belles ciselures, comme celle-ci, on voit bien les veines sur la peau du cheval.
Comme souvent avec les grandes œuvres du Comte du Passage, il a été fondu en plusieurs tailles : 45 cm, 63 cm et donc, comme celui-ci, 110 cm de long. D’après les résultats des salles des ventes, il existerait même encore d’autres tailles, mais il s’agit probablement d’erreurs de mesure.
Ce « Cheval à l’entraînement avec son lad » passe souvent en salle des ventes car il a certainement connu beaucoup de succès à l’époque de l’artiste, très connu de son vivant.
Voici quelques résultats plus ou moins récents selon la taille. Il faut garder en mémoire, en lisant ces chiffres, que le prix des bronzes anciens connaît une baisse sensible depuis quelques années, et encore plus depuis environ un an, comme beaucoup d’antiquités d’ailleurs.
En 110 cm :
– Uppsala (Suède) en juin 2015 : adjugé à l’équivalent de 22 500 €
– Bayeux en avril 2014 : adjugé à 70 000 €
– Paris en 2008 : adjugé à 36 000 Euros
– St Germain en Laye en déc. 2006 : estimé 32 000 à 35 000 Euros, il n’a pas été vendu.
– Deauville en août 2006 : estimé 50 000 à 60 000 Euros, il n’a pas été vendu.
– Calais en 2003 : adjugé à 15 000 Euros.
Pour information, le modèle mesurant 63 cm de long a été adjugé ces dernières années entre 20 000 € en 2007 à Londres et 6200 € en octobre 2013 à Chartres. Quant au modèle de 45 cm, il a été adjugé entre 6500 € en 2011 à Paris et 2800 € en 2013 à Anvers.
Ce modèle a donc l’inconvénient d’être assez courant et un peu marqué par son époque, mais il a l’avantage d’être très beau, dynamique, signé par un très bon sculpteur et d’avoir un petit côté anglais assez plaisant.
L’exemplaire de notre internaute a deux intérêts majeurs : il est très grand et de très belle qualité, me semble-t-il et autant qu’on puisse en juger sur photos. Si son propriétaire a la preuve qu’il a été acheté à l’artiste, comme il l’affirme, c’est un atout important.
Je pense qu’aujourd’hui, en tenant compte de la tendance à la baisse des prix et des résultats de vente, le modèle en 110 cm pourrait être estimé autour de 25 000 Euros, celui en 63 cm autour de 6000 Euros, celui en 45 cm autour de 4000 Euros (NB : il s’agit là d’estimations hors frais acheteur et hors frais vendeur, ces frais étant de nos jours de l’ordre de 24% à 29%). Mais nous avons vu un très beau résultat à Bayeux en avril 2014. C’est même un chiffre exceptionnel.
Si un document atteste la très bonne origine de notre exemplaire, s’il présente un bon cachet de fondeur, il n’est pas exclu que, sans renouveler cet exploit, ce beau bronze puisse atteindre les 40 000 ou 50 000 Euros.
Nous allons parler cette fois d’un très bon sculpteur sur qui je n’avais pas encore fait de note : Auguste Cain. Monsieur K. m’a en effet envoyé quelques photos d’un grand bronze de ce sculpteur : on y voit un fauve tenant dans sa gueule un jeune sanglier ; trois lionceaux lui font bon accueil.
Auguste Cain est né Paris en 1821 et y est mort en 1894. Un article d’un journal de 1879 l’appelait “le statuaire des lions et des tigres”. Cain a eu un parcours étonnant puisqu’il fut d’abord apprenti boucher avant de commencer la sculpture sur bois chez Alexandre Guionnet puis chez le grand Rude, le sculpteur de La Marseillaise de l’Arc-de-Triomphe de l’Etoile à Paris.
Il épousa Julie Mêne, la fille de Pierre-Jules Mêne et il fut là à bonne école. On apprend d’ailleurs en lisant la vie de Mêne que les parents Mêne et les enfants Cain partageaient la même grande maison. Après la mort de Mêne, c’est d’ailleurs Julie Cain puis les enfants Cain qui superviseront – très bien – l’édition des bronzes de PJ Mêne.
Cain a, dans une première partie de sa vie, surtout modelé de petits modèles qui seront fondus en bronze, notamment chez Susse (après sa mort). Puis, à partir de 1868, il est accaparé par des grandes commandes de l’Etat, objectif que souhaite atteindre tout sculpteur. A l’entrée des Tuileries, de chaque côté du grand escalier, on peut admirer deux très grands groupes : Lion et lionne se disputant un sanglier, et Tigres attaquant un rhinocéros. Dans le jardin des Tuileries, on trouve encore plusieurs œuvres de Cain, ainsi qu’à Chantilly. Certains de ces modèles ont été édités en petite taille, et bien souvent en plusieurs tailles différentes. C’est le cas par exemple du lion ayant tué une autruche.
Rhinocéros attaqué par deux tigres
Lion et lionne se disputant un sanglier
Auguste Cain a participé au Salon des Artistes Français de 1846 à sa mort. Selon le Dictionnaire des bronzes du XIXème (P.Kjelleberg), de son vivant, Cain a fait fondre ses bronzes dans la fonderie de son beau-père Pierre-Jules Mêne. Mais selon MM.Poletti et Richarme (Catalogue raisonné des bronzes de PJ Mêne), Mêne n’a jamais eu de fonderie ! J’avoue avoir plutôt tendance à croire MM.Poletti et Richarme car aucun bronze de Mêne ne porte une quelconque marque de sa propre fonderie. Cain et Mêne faisaient donc certainement fondre leurs bronzes chez divers sous-traitants dont ils surveillaient très étroitement le travail. Après la mort de Cain, ses bronzes seront principalement édités par Susse (comme celui de notre internaute) et parfois Barbedienne. Les grands bronzes seront fondus par Thiébaut, Gonon, Barbedienne et d’autres grands fondeurs.
Lion ayant tué une autruche (petit modèle)
Dans le catalogue ancien des bronzes de Cain, Susse propose deux versions pour notre bronze : l’une au prix de 1300 francs avec un seul lionceau, l’autre au prix de 1600 francs avec trois lionceaux. Les deux ont pour longueur 62 cm de haut mais la version 1 lionceau mesure 76 cm de long contre 87 cm pour la version 3 lionceaux. Il est précisé qu’il s’agit d’une “Lionne rapportant un marcassin” et non un sanglier.
Coq sur un panier (petit modèle) – A.Cain
Le thème du fauve rapportant du gibier à ses petits a été exploré de deux façons par Cain : d’une part la lionne rapportant un marcassin, d’autre part le tigre rapportant un paon (et qui existe également en deux tailles). On ne peut s’empêcher de rapprocher ces bronzes de celui de Delabrierre (1829-1912) : “lion rapportant un lièvre à ses lionceaux” ou “Premier gibier”, mais le modèle de Cain est beaucoup plus beau, même si, comme dans celui de son confrère, le fauve est un peu trop triomphant et fier de lui. Dans le bronze de Cain, la lionne aurait eu la tête baissée vers ses petits, la scène aurait été beaucoup plus naturelle. Le marcassin est admirable : on croit le voir encore vivant se secouer et agiter ses pattes dans l’espoir vain de desserrer l’étau de la mâchoire du félin.
Il faudrait voir ce bronze en vrai mais le modèle qui nous est présenté semble être une bonne fonte : la signature du fondeur (la fonderie Susse existe d’ailleurs toujours), la ciselure, la patine le montrent. C’est probablement une fonte ancienne, postérieure à 1894 mais qui pourrait être du début XXème.
Coq (petit modèle) – A.Cain
Quelle valeur donner à ce grand bronze ?
Il a pour avantage d’être grand, en bon état, d’être d’un très bon sculpteur et de porter l’estampille de Susse, même si cela signifie donc fonte posthume. Toutefois, c’est un modèle un peu “pompier”, avec la lionne – dont la tête est d’ailleurs un peu celle d’un tigre, avec ses favoris – si fière d’elle, et certains amateurs peuvent la juger, à tort selon moi, un peu trop cruelle. Enfin, c’est un sujet qui a été assez abondamment édité et que l’on trouve donc régulièrement en salle des ventes. Tout ceci fait que, comme pour la tigresse apportant un paon à ses petits, il n’a pas une valeur toujours aussi élevée qu’on pourrait s’y attendre pour un modèle de cette taille.
Voici quelques résultats relevés en salle des ventes :
– Issy les Moulineaux en nov. 2014 : estimé 1500 à 2000 € (ce qui est quand même très faible !), il a été adjugé à 3500 €
– Doullens en déc 2013 : il était estimé 7500 à 9000 €, ce qui cette fois me semble beaucoup trop élevé, mais je n’ai pas le résultat des enchères
Il a été mis en vente à Reims trois fois fin 2004 puis courant 2005, mais je n’ai pas les résultats. Il a probablement été vendu la 3ème fois donc il ne l’a pas été la 2ème alors qu’il était estimé 3000 à 4000 €
– Lyons la Forêt en mars 2003 : il a été adjugé à 1700 € mais il s’agissait d’une version plus petite (45 cm)
– Paris en nov. 2002 : adjugé à 4000 €
J’arrête là l’énumération, mais on le trouve bien souvent en ventes à des dates plus anciennes, avec des résultats extrêmement variables, qui vont de 2000 € à 13 000 € (ce chiffre reste néanmoins un peu exceptionnel et se rapportait probablement à une excellente fonte du vivant de Cain).
Je pense qu’en fonte Susse, donc posthume, dans un contexte de baisse du prix des bronzes animaliers anciens (XIXème), notre bronze pourrait être estimé autour de 3500 voire 4000 €, ce qui resterait à confirmer en voyant le bronze « en vrai ».
Vous avez un bronze animalier et vous voulez connaître son histoire, sa valeur, en savoir plus sur l’artiste ? Envoyez-moi les dimensions exactes et des photos très nettes (10 Mo max. par mail) de l’ensemble du bronze, du dessous du socle, de la signature, le cas échéant de la marque du fondeur. Mais inutile de laisser une demande en commentaire de cette note : il faut envoyer vos éléments à damiencolcombet@free.fr
Je n’avais pas présenté de note sur la valeur d’un bronze depuis longtemps : la dernière date de février 2014. Je m’efforcerai de le faire un peu plus souvent désormais et pour m’y remettre, voici une oeuvre apparemment séduisante mais qui doit être un peu « décodée ».
J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site des « faux » bronzes et vous pouvez vous reporter à ces quatre notes :
Le bronze soumis aujourd’hui par un collectionneur est inspiré du « Cheval libre » de Pierre-Jules Mêne, œuvre créée vers 1851 et existant en plusieurs dimensions, avec de légères variantes. Ce cheval est lui-même extrait, toujours avec quelques modifications, de la scène appelée « L’accolade » où figurent deux chevaux tête-bêche.
Cet exemplaire est malheureusement une copie du bronze de Mêne. Son “Cheval libre” a été édité en de nombreux exemplaires, comme c’est toujours le cas avec les bronzes de Mêne et de la plupart des autres sculpteurs, mais il faut distinguer les “bons tirages” reproduisant fidèlement le chef-modèle de l’artiste et les copies et surmoulages, très éloignés par leur qualité du modèle initial.
Ce modèle présente plusieurs caractéristiques absolument rédhibitoires : une ciselure très insuffisante, des différences par rapport au « vrai » modèle dans l’allure générale du cheval (tête, crinière, queue, rectitude des jambes du cheval, cuisses trop creusées, …), une terrasse (le socle en bronze) dont le bord est trop irrégulier alors que Mêne était extrêmement attentif à la parfaite réalisation des terrasses, une patine trop uniforme et faisant un peu plastique, des petits trous et manques à la surface du bronze. La présence d’un marbre, quelques détails comme les dents ou une signature assez bien imitée ne doivent pas faire illusion.
Enfin, les dimensions qui m’ont été indiquées ne sont pas du tout celles du modèle de Mêne, qui mesure (pour la terrasse) soit 39 cm de long (version n°1) soit 20,7 cm de long (version n°2).
Par conséquent, en salle des ventes ou chez un marchand, ce modèle ne pourrait pas être appelé “bronze de Mêne” mais “d’après Mêne”. Les caractéristiques évoquées plus haut et donc cette appellation “d’après” lui retireraient presque toute valeur en salle des ventes, ce qui sert d’indication pour estimer une œuvre.
Il faut donc admettre que ce cheval a une valeur éventuellement sentimentale mais n’a guère de valeur marchande : je pense qu’il ne pourrait pas être vendu plus de quelques centaines d’Euros en salle des ventes, si tant est qu’il soit accepté à la vente par un commissaire-priseur.
Vous avez un bronze animalier et vous voulez connaître son histoire, sa valeur, en savoir plus sur l’artiste ? Envoyez-moi les dimensions exactes et des photos très nettes (10 Mo max. par mail) de l’ensemble du bronze, du dessous du socle, de la signature, le cas échéant de la marque du fondeur. Mais inutile de laisser une demande en commentaire de cette note : il faut envoyer vos éléments à damiencolcombet@free.fr
Voici une nouvelle demande à propos d’un beau bronze, qui plus est d’un artiste dont je n’ai encore guère parlé ici : Edouard Navellier. C’est M. Loïc L. de Dinan qui m’envoie quelques photos de cet âne brayant, ou « braillant » comme mentionné dans « Les bronzes du XIXème » de P.Kjellberg. Mais après tout, un âne peut bien braire ou brailler…
Edouard Navellier est né à Paris en 1865 et mort à Laroche-Migennes dans l’Yonne en 1944. Fils d’imprimeur, il apprend la gravure avec son père mais à la suite d’un accident qui le laissera infirme, il se tourne vers la peinture puis, à l’occasion d’une visite à Paris dans ce Jardin des Plantes qui a nourrit l’inspiration de tant d’artistes, il se lance en autodidacte dans la sculpture animalière. Comme Rembrandt Bugatti (1885-1916), il étudiera aussi les animaux au zoo d’Anvers.
Il a commencé à exposer ses œuvres au Salon des Artistes français en 1895 puis au Salon d’Automne en 1903. Il y recevra plusieurs médailles. Le Salon d’automne lui consacrera d’ailleurs une rétrospective en 1945, un an après sa mort.
Navellier a créé environ 80 modèles. Selon le « Dictionnaire des sculpteurs animaliers » du Dr Hachet, on ne peut rattacher cet artiste à aucun courant existant à l’époque. On peut en effet discerner plusieurs styles dans ses bronzes : certains sont parfaitement finis, très figuratifs, comme le magnifique « Grand rhinocéros debout » qui, avec « Il Passe ! » (éléphant écrasant des pélicans), est l’une de ses œuvres les plus connues. Mais on peut aussi voir dans certains autres comme notre âne justement le travail brut du sculpteur, qui ne cherche pas à lisser la surface mais à laisser visible la force des coups de spatules et d’ébauchoirs. Le beau taureau ci-dessous se situe lui dans le style de Rosa ou Isidore Bonheur.
Navellier a créé une grande diversité d’animaux : chevaux, taureau, âne, éléphant, chat bien sûr, mais aussi kangourous, ours, buffle, bison, zébu, brebis, lionne, chevreuil, etc. Ses bronzes sont en général de très bonne facture car l’artiste les ciselait et les patinait souvent lui-même. C’est précisément le cas de notre âne, nous dit P.Kjellberg dans son ouvrage de référence « Les bronzes du XIXème ». Il le date de 1907.
Avec sa chaude patine marron et noire, cet âne, qui mesure 35 cm de long et 24 cm de haut est superbe : les pattes fines, les sabots petits, le ventre rebondi, le cou étroit, il fait connaître par son affreux cri de poulie rouillée son mécontentement d’être seul. Sa bouche grande ouverte lui donne un air benêt et le collier qu’il porte au cou semble bien lourd. A sa taille, on devine que ce n’est pas un petit âne arabe comme en a modelé Caïn, mais plutôt une grande bête du Cotentin. Quel talent pour saisir ainsi sur le vif cette scène et la rendre si vivante !
La cote de Navellier sur le marché est assez mystérieuse : ses œuvres sont rares en galerie comme en salle des ventes (45 résultats seulement sur Artprice à comparer par exemple avec plus de 6000 ventes pour Barye), elles sont très souvent d’excellentes qualité et pourtant elles ne sont pas toujours hors de prix. A titre d’exemple, un magnifique cheval au licol de plus de 30 cm de long est généralement adjugé autour de 1600 Euros, ce qui est très raisonnable. Plusieurs pièces estimées autour de 4000 Euros ne trouvent pas preneur. Et puis au contraire, certaines estimations s’envolent avec des adjudications à 5000, 9000, 12000 Euros voire bien plus tel ce rhinocéros vendu à Londres en 2009 à plus de 15000 Euros.
L’âne de notre internaute n’atteindrait sans doute pas la cote du rhinocéros, qui se situe toujours au plus haut des ventes d’œuvres de Navellier, mais il possède de nombreux atouts : c’est un sujet plaisant, très bien réalisé, qui a une histoire particulière puisqu’il a été édité, ciselé et patiné par l’artiste lui-même et a été présenté au Salon. Son passage en salle des ventes est rarissime, semble-t-il, ce qui d’ailleurs empêche toute référence de prix. Intuitivement, je pense donc qu’avec un tel pedigree, notre âne brayant pourrait être estimé autour de 2500 Euros, mais il n’est pas impossible qu’en vente un passionné fasse monter bien plus haut cette estimation.