LA VALEUR D’UN BRONZE : « LION ASSIS (N°4) » DE A.-L. BARYE

Pendant les vacances, j’ai reçu beaucoup de demandes d’expertises. J’ai répondu à toutes mais j’ai sélectionné en cette rentrée une très belle pièce d’Antoine-Louis Barye (1795-1875), envoyée par Madame Chantal A. Pour en savoir plus sur ce très grand sculpteur, tapez « Barye » dans le moteur de recherche de mon site en haut à gauche.

Bronze ancien Barye Colcombet

Il s’agit, selon le Catalogue raisonné de Barye par MM.Richarme et Poletti, du « Lion assis n°4 (esquisse du Lion des Tuileries) ». Ce titre singulier s’explique ainsi : selon les auteurs, Barye aurait modelé plusieurs variantes (cinq) de ce lion, dans des tailles permettant de faire le pendant avec les différents modèles du « Lion au serpent » bien connu. Ces fauves assis ont des attitudes légèrement différentes. Le 5ème est une simple ébauche éditée après la mort de Barye par Barbedienne mais elle a une force remarquable, qui la fait tendre vers le style Bugatti. Je me souviens de l’avoir vu chez un antiquaire à Lyon mais j’ai tardé à prendre ma décision et quand j’ai voulu l’acheter, elle avait déjà été vendue à une galerie spécialisée, à quelques mètres de là, qui avait en quasiment doublé le prix.

Le lion assis N°2 est un peu figé mais ce n’est rien à côté du N°3, surmonté dune crinière assez ridicule, parfaitement peignée et qui lui donne l’air de sortir tout droit de chez le grand spécialiste parisien des mise en plis. Ce lion-là n’a pas dû voir la brousse depuis longtemps !

Le lion N°4 – celui de notre internaute – est beaucoup plus réaliste. Selon MM.Richarme et Poletti, il est malgré son numéro (n°4) le premier de la série à avoir été modelé. Il est présenté comme le plus rare de tous. Je suis entièrement d’accord car je ne l’ai jamais vu en galerie et malgré mes recherches, je ne l’ai pas non plus vu dans les archives des salles des ventes, sauf peut-être dans la vente du 11 déc 2007 à l’étude Aguttes, mais la photo de mauvaise qualité et les dimensions approximatives ne permettent pas de certifier qu’il s’agit bien de cette pièce.

Ce bronze a été fondu par Barye lui-même, par Barbedienne, par Hector Brame et peut-être d’autres fondeurs (Bouchard ?). Notons d’ailleurs que Brame marquait parfois certaines pièces d’un petit « H » très difficile à dénicher et qui signalait que le bronze avait été réalisé par Henri Coupens, chef d’atelier chez Barye avant de passer chez Brame. Peut-être Madame A. le trouvera-t-elle sur sa pièce.

Bronze ancien Barye Colcombet

Madame A. nous donne pour sa pièce les dimensions suivantes :  18 cm de haut et environ 17 cm de long. Ce sont bien, à 3 mm près, les dimensions « officielles ».

Une petite chose m’intrigue, toutefois : le catalogue raisonné précise bien que la signature est « AL Barye » (AL pour Antoine-Louis) alors que sur la photo, je ne vois ici que « Barye ». S’agirait-il d’une copie ? Difficile à dire sans voir la pièce, mais sincèrement  je ne le pense pas car elle est fine, possède une jolie patine et l’on retrouve bien tous les détails, certes inévitablement moins prononcés que sur d’autres pièces de Barye puisqu’il s’agit d’une esquisse. Je crois plutôt que la signature « AL Barye » a été apposée sur la première édition, qui date de 1870, et pas sur les suivantes. Cette signature avec initiales du prénom est d’ailleurs rare chez Barye père (le fils Alfred signait soit « Barye » tout court – source de confusion, volontaire ou non, avec son père – soit « A Barye »).

Bronze ancien Barye Colcombet

Quelle valeur pour ce bronze ? Ce n’est pas une grande pièce mais elle a pour elle sa rareté. A la vente Aguttes de 2007 mentionnée plus haut, elle a été adjugée 719 Euros frais compris, ce qui est un prix ridicule (mais qui montre encore une fois qu’il y a parfois des affaires extraordinaires à faire en salles des ventes). Pour ma part, il me semble que cette pièce devrait valoir environ 2 000 Euros.

Je réitère ici mes avertissements sur les estimations : compte tenu des frais de vente, adjugé 2000 Euros en salle des ventes, ce lion coûterait en réalité environ 2500 Euros à l’acheteur et rapporterait environ 1500 Euros au vendeur. Un marchand ou une galerie en proposerait sans doute 1000 à 1300 Euros mais cela évite au vendeur les aléas des enchères.

Vous voulez en savoir plus sur votre bronze animalier ? Envoyez-moi (damiencolcombet@free.fr) obligatoirement des photos très nettes (vue générale, signature de l’artiste et, le cas échéant, du fondeur, dessous du socle) et ses dimensions précises.

LA VALEUR D’UN BRONZE : « IBRAHIM » DE P.-J. MÊNE

Après la jolie petite chèvre, voici un autre pièce appartenant également à Bruno Q. : un petit cheval de 14 cm de long et 12 cm de haut. Il est signé PJ Mène. Il s’agit du grand sculpteur français Pierre-Jules Mène (1810-1879) dont j’ai parlé dans la note sur la chèvre. Je ne reviens donc pas sur ce très grand artiste, si ce n’est pour recommander le catalogue raisonné de MM. Poletti et Richarme (Univers du Bronze).

Bronze ancien Mêne Colcombet
C’est un sujet beaucoup plus connu que la chèvre. Son nom exact est « Cheval arabe (Ibrahim) n°3 ». En principe, ses dimensions sont plutôt de 11 cm x 13 cm, mais il est parfois difficile de prendre parfaitement les cotes d’un bronze. J’invite néanmoins Bruno Q. à  vérifier les dimensions de son cheval.
Dans le catalogue de l’éditeur (fondeur) Susse, fin XIXème, ce bronze était vendu 30 francs ! On y découvre qu’il existe 4 modèles différents d’Ibrahim : trois sont à peu près identiques, mais de tailles différentes (longueurs : 37 cm pour le n° 1, 23 cm pour le n° 2 et 13 cm pour notre n° 3), et un dernier de la même taille que le n° 3, a un antérieur levé.
Ibrahim, en grand modèle (le n° 1, donc), fut le premier grand cheval créé par Mène, qui l’exposa au Salon en 1843. Ibrahim était un étalon ramené d’Egypte. MM.Richarme et Poletti expliquent que le modèle n° 3, celui de notre internaute, connût tout de suite un grand succès et fut fondu en de nombreux exemplaires au XIXème siècle.
Il est exact que ce sujet est relativement fréquent. A Lyon, je l’ai repéré récemment chez deux antiquaires différents.
Bronze ancien Mêne Colcombet
La signature est très nette, comme toujours chez Mène. Cette pièce est certainement une jolie édition ancienne, du XIXème siècle. Le montage (cf. photo du dessous du socle est d’ailleurs bien de cette époque.
Bronze ancien Mêne Colcombet
Malgré toute la qualité de cette pièce, j’ai un peu de mal à l’apprécier car je trouve que la bouche du cheval et ses naseaux sont exagérés : trop grands, trop marqués, ce qui lui donne une curieuse allure et ne correspond pas, en tout cas, aux canons de l’étalon arabe ! Ceci n’est d’ailleurs pas propre à l’exemplaire de notre collectionneur : ils sont tous ainsi.
Quant à la valeur de cet « Ibrahim n°3 », elle devrait se situer à mon avis autour de 1300 Euros. Les antiquaires de Lyon le mettent en vente beaucoup plus cher (plus de 2000 Euros), ce qui n’est pas sérieux. Ils ne sont d’ailleurs pas vendus.
Si vous recherchez les résultats de vente aux enchères pour cet objet, ne vous méprenez pas : regardez bien le numéro. Ibrahim n° 1 est évidemment beaucoup plus cher car de dimensions plus importantes.
Bravo à Bruno Q. pour la qualité de ses photos.
Si vous voulez, vous aussi, connaître l’histoire et la valeur d’un bronze animalier, envoyez-moi obligatoirement des photos nettes (vue générale, dessous du socle, signature de l’artiste, signature du fondeur le cas échéant), ainsi que ses dimensions exactes, à : damiencolcombet@free.fr

LA VALEUR D’UN BRONZE : « PETITE CHÈVRE » DE P.-J. MÊNE

Monsieur Bruno Q. m’envoie plusieurs photos de bronze, qu’il nous dit avoir hérités. Comme il s’agit de jolies pièces, que les photos sont bien prises, je vais y consacrer plusieurs notes. Nous commençons aujourd’hui par une petite chèvre.

Bronze ancien Mêne Colcombet
Ce bronze est tout petit : 8 cm de long et 7 cm de haut. Selon le catalogue raisonné de Pierre-Jules Mène (Richarme et Poletti – Univers du Bronze), cette « mignonnette » a été créée après 1846 et a été édtiée par l’atelier Mène, puis par l’atelier Mène-Cain et par Susse. Elle doit être assez rare car je ne l’avais jamais vue et MM. Richarme et Poletti n’en disent rien. Ils n’en donnent pas les dimensions et ne montrent qu’une photo en noir et blanc. Ils mentionnent un exemplaire à la Franses Gallery de Londres.
La ciselure est très belle : voyez le collier, le dos creusé qui rend bien la morphologie osseuse des chèvres. Les cornes, quasiment inexistantes, ne sont pas cassées : la pièce a bien été conçue ainsi à l’origine. La signature est très nette, profondément creusée, comme le faisait Mène à la fin de sa carrière.
Pour l’anecdote, cette chèvre est mentionnée dans la catalogue de Susse  de la fin du XIXème siècle au prix de de 15 francs ! Pour comparaison, les plus grandes pièces, de 75 cm de long, sont au prix de 1500 francs.
Bronze ancien Mêne Colcombet
Qui est Pierre-Jules Mène ? Né en 1810 et mort en 1879, il a commencé à travailler chez son père tourneur de métaux, a exercé divers métiers et s’est fait connaître en exposant au Salon en 1838. Son oeuvre comprend beaucoup de chiens, de chevaux et de cerfs, mais il a étendu son art aux renards, bétail – dont des moutons tout à fait dans le style de Rosa et Isidore Bonheur – et oiseaux de basse-cour, et même aux scènes exotiques, comme « La lionne (ou jaguar ?) et le caïman ». Cain, très grand sculpteur bien qu’un peu pompier (cf. « Lion et autruche » au jardin du Luxembourg), était son gendre.
Il est souvent présenté comme le plus grand sculpteur animalier après Barye. Je ne suis pas tout à fait de cet avis, Frémiet le dépassant à mon avis par sa précision, sa sensibilité et surtout sa diversité.
On voit très très souvent en ventes certaines pièces de Mène : lévriers jouant à la balle, braque à l’arrêt, chasseur écossais tenant un renard, cerf à la feuille, et tous ses chevaux.
Contrairement à Frémiet, qui faisait tout pour en obtenir, Mène n’a pas fait beaucoup de commandes publiques.
Comme pour tous les grands sculpteurs, les oeuvres de Mène ont été beaucoup produites, avec malheureusement beaucoup de pâles copies et de fontes tardives, parfois assez bonnes malgré tout. Ce n’est pas le cas de cette chèvre, certainement ancienne.
Bronze ancien Barye Colcombet
Quelle estimation donner à ce joli petit animal ? C’est difficile, surtout en ce moment où le prix des bronzes anciens baisse à vive allure. Il s’agit d’une petite pièce, donc forcément de faible valeur. Mais elle a pour elle sa qualité et sa rareté. Il me semble qu’elle pourrait se situer dans une fourchette de 400 Euros à 700 Euros.
Rendez-vous dans quelques jours pour une autre pièce de Monsieur Bruno Q.

LA VALEUR D’UN BRONZE : « LA PANTHÈRE DE TUNIS » DE A.-L. BARYE

Monsieur Eric C. de Saumur m’envoie des photos d’une « lionne couchée signée Barye, achetée récemment en salle des ventes pour 400 Euros hors frais ». Il la trouvait jolie malgré une épaisse couche de poussière mais son faible prix lui fait penser qu’il s’agit d’un grossier surmoulage sans valeur.

Bronze ancien Barye Colcombet

Les photos sont très bonnes, certaines montrant des détails intéressants, et les dimensions sont précises, ce qui, je le rappelle, est indispensable pour donner un avis sur une pièce.

Une petite correction pour commencer : il ne s’agit pas d’une lionne mais d’une panthère, précisément « La panthère de Tunis », souvenir d’une époque où il y avait encore des grands fauves en Afrique du Nord. Elle a été créée par Antoine-Louis Barye (1795-1875) vers 1857, selon MM. Richarme et Poletti dans leur catalogue raisonné des sculptures de Barye. Pour en savoir plus sur cet immense artiste, taper « Barye » dans le moteur de recherche de ce blog, an haut à gauche.

Bronze ancien Barye Colcombet

La Panthère de Tunis fait le pendant de la Panthère de l’Inde, de mêmes dimensions, et a connu le même sort : toutes les deux ont été agrandies par Barye vers 1860 et sont ainsi passées d’environ 20 cm de long à environ 27 cm. La Panthère de l’Inde est plus ramassée, au repos, alors que celle de Tunis est visiblement en alerte, prête à se lever. Je trouve que l’Indienne a des plis sur le bas du cou, à la naissance du dos, qui sont trop marqués et un peu éloignés de la réalité.

Bronze ancien Barye Colcombet

La Panthère d’Eric C. est celle de 1857, donc le plus petit modèle. Il l’a nettoyée comme il se doit, avec une petite brosse et du savon puis a passé du cirage à chaussures. Elle est redevenue très belle. Il y a fort à parier que si elle avait été présentée ainsi lors des enchères, elle se serait vendue plus cher.

Voyons les dimensions communiquées par notre internaute : 19 cm  par 6,5 cm pour la terrasse, 9 cm de haut pour l’ensemble. Il s’agit bien des dimensions « officielles » (cf. Catalogue raisonné de MM. Richarme et Poletti cité plus haut), à 1 ou 2 mm près (ce qui est probablement dû à la prise de mesure). Il ne s’agit donc pas d’un surmoulage. Une fonte tardive ? C’est bien possible au regard du dessous du socle mais il faut admettre qu’elle est particulièrement soignée : grâce aux photos montrant des détails, on voit parfaitement les griffes et même la peau qui recouvre la naissance des griffes, rétractiles chez la panthère. La naissance de la queue est très bien ciselée. J’ai souvent vu ce sujet, extrêmement courant, mais jamais je crois avec un tel degré de finesse.

Bronze ancien Barye Colcombet

C’est donc une très jolie pièce et E. C. a fait une excellente affaire en l’achetant à ce prix ridicule. Comme quoi, il y a parfois de bonnes surprises en salle des ventes (parfois seulement).

Comme je l’ai dit, cette panthère est un des sujets les plus connus de Barye, avec le cheval turc, l’éléphant du Sénégal courant (qui galope alors que c’est morphologiquement impossible chez un éléphant !), le tigre et le gavial et quelques autres. La valeur d’une telle pièce dépend donc énormément de ses qualités de fonte et de ciselure. Un cachet Or (cf. notes précédentes) ou une fonte d’époque Barye est un atout important. Je pense qu’on peut trouver cette pièce en salle des ventes aux alentours de 700 à 1000 Euros (hors frais) pour une fonte classique. Parmi les estimations des commissaires-priseurs et les résultats de vente, on note des différences de prix étonnantes, la Panthère de Tunis petit modèle pouvant aller de 600 Euros à 1500 Euros (adjugée en juin 2006) hors frais, et le grand modèle allant de 1000 Euros à 3000 Euros.

Bronze ancien Barye Colcombet

Attention toutefois : pour ces modèles, il y a énormément de fonte tardive de médiocre qualité et de surmoulages sans aucun intérêt.

Vous voulez connaître l’histoire de votre bronze animalier et sa valeur ?

Envoyez-moi par mail les dimensions exactes et quelques photos nettes (vue d’ensemble, signature, marque de fondeur si présente, dessous du socle) : damiencolcombet@free.fr

LA VALEUR D’UN BRONZE : « TIGRE QUI MARCHE » DE A.-L. BARYE

Monsieur Gérard C. me soumet quelques photos d’un « bronze de lion » lui appartenant et dont il aimerait connaître la valeur.

Bronze ancien Barye Colcombet

Il s’agit en réalité du « Tigre qui marche » de Antoine-Louis Barye (1795-1875), l’un des plus renommés (si ce n’est le plus renommé tout simplement) des sculpteurs animaliers français. Pour en savoir plus sur ce merveilleux artiste, se référer à mes précédentes notes ou taper simplement « Barye » dans le moteur de recherche de ce blog, en haut à gauche de cette page.

Cette pièce est bien connue mais j’ai d’abord été un peu dérouté par les dimensions données par Gérard C. : 25 cm x 6,5 cm pour le socle, et 13,5 cm de hauteur. En effet, j’ai souvent vu cette pièce en plus grande dimension (40 cm de long). En fait, il s’agit tout simplement d’une réduction de la pièce originale de Barye.

Bien des fondeurs ont procédé à des agrandissements ou des réductions des modèles les plus appréciés, en utilisant divers procédés – dont le procédé Colas – qui permettaient de conserver tous les détails de la pièce originale. On a encore parfois recours à ces façons de faire mais l’ordinateur permet de nos jours de le faire plus facilement.

Bronze ancien Barye Colcombet

La pièce originale, dont les dimensions exactes sont : 39,4 cm de long x 10,1 cm de large x 21,3 cm de haut, a été créée par Antoine-Louis Barye, père d’Alfred Barye moins connu bien qu’extrêmement talentueux lui aussi, en 1841. Il fait le pendant du « Lion qui marche ». Barye a repris ce tigre un peu plus tard, en 1874, mais il y a peu de différences : la queue part vers l’arrière et non vers l’avant et le fauve est un peu plus massif.

La réduction qui nous est montrée ici a été créée vers 1900 par la fonderie Leblanc-Barbedienne.

Bronze ancien Barye Colcombet

Le bronze de Gérard C. est correct : on aperçoit les griffes, les moustaches, les rayures du tigre. Il n’est toutefois pas très fin. Le dessous du socle montre un montage traditionnel, avec des écrous. La patine, un peu verte, semble belle. Je conseille simplement de nettoyer un peu cette pièce à l’eau tiède avec un peu de savon, au moyen d’une petite brosse, puis de lui appliquer du cirage marron avant de faire reluire 12 heures plus tard avec un chiffon doux. il retrouvera un très bel aspect. Le cirage marron n’effacera absolument pas la patine verte.

Cependant, que cela vienne de la fonte ou du fait que l’une réduction perd forcément en qualité, il ne s’agit pas d’une pièce exceptionnelle. En salle des ventes, elle serait probablement annoncée comme « d’après Barye ».

Le modèle de grande taille – la pièce originale – se trouve assez fréquemment en salle des ventes et peut être estimé aux environs de 4000 Euros. Je pense que le modèle ici présenté pourrait être estimé aux environs de 1500 Euros environ.

Vous voulez connaître l’histoire et la valeur d’un bronze animalier ? Envoyez-moi (damiencolcombet@free.fr) obligatoirement des photos nettes (vue d’ensemble, dessous du socle, signature, marque éventuelle de l’artiste) et les dimensions exactes.

LA VALEUR D’UN BRONZE : « BICHE COUCHÉE » DE A.-L. BARYE

Monsieur Stéphane M. m’envoie quelques photos d’un bronze qui appartenait à son Grand-Père. Il s’agit probablement d’une copie, écrit-il, car il n’y a pas de marque de fondeur.

En réalité, la fonderie ne mettait pas toujours sa marque (alors que de nos jours c’est obligatoire). Bien sûr, un cachet or (cf. note « La valeur d’un bronze n°2), une indication que le bronze a été fondu par Susse, par exemple, Barbedienne, ou encore un numéro suivant la signature, sont une indication précieuse, mais ces indices manquent souvent.

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Cette jolie petite biche est signée Barye (pour en savoir plus sur lui, cf. notes précédentes). Elle a été créée par ce génie  en 1840. Il avait donc 45 ans. On voit immédiatement toute la délicatesse de cet animal, dont le sculpteur a rendu à la fois la beauté un peu maniérée (les pattes bien ramassée sous le corps, la tête légèrement tournée) et les détails anatomiques comme la tête assez longue, beaucoup plus que celle d’un chevreuil, ou le larmier profondément creusé sous les yeux.

Il ne faut pas confondre cette pièce avec les faons et daines (femelle du daim) que Barye a représentés dans la même position. Pour l’anecdote et sans rien retirer au talent de l’artiste – qui n’a vraiment pas besoin d’être défendu ! – sculpter un animal couché est beaucoup plus facile qu’un animal debout car on ne rencontre évidemment pas les problèmes d’équilibre des pattes, d’armature à positionner. C’est un détail purement technique qui ne retire rien à la beauté du sujet.

Monsieur M. donne ces dimensions pour sa biche : 15 cm x 6 cm x 9,3 cm. Ce sont bien les dimensions du modèle original.

Regardons le dessous de la pièce : en l’occurrence, il ne nous apprend rien car une petite pièce simple de cette taille ne peut comprendre de vis, dont les écrous sont souvent riches d’enseignement.

Bronze ancien Barye Colcombet

Il reste un dernier point : la ciselure. Elle est jolie, c’est-à-dire que l’on voit bien les détails, notamment les sabots, les onglons, la pupille, les naseaux. Un surmoulage donnerait une impression de fonte « molle », sans relief ni finitions. Néanmoins, si l’on compare cette pièce avec les éditions les plus anciennes, on voit que le poil n’est pas rendu avec autant de réalisme : le dos et les joues semblent un peu trop lisses.

Je pense donc qu’il ne s’agit pas d’une copie mais d’une fonte un peu tardive, probablement du début ou milieu du XXème siècle.

Bronze ancien Barye Colcombet

Cette ravissante petite biche n’est pas rare : on la voit assez souvent en salle des ventes, avec des différences de prix – parfois exagérées – selon l’ancienneté de la fonte. Ainsi, un exemplaire a été vendu 3000 Euros (3600 Euros environ frais compris) il y a moins d’un mois à Marseille (Etude Damien Leclere) mais il s’agissait d’une fonte Barbedienne cachet or. On a même vu en mai 2008, à St-Germain-en-Laye (SGL Enchères), un exemplaire fonte Barye (la plus rare) estimé 8000 Euros mais il n’a pas été vendu, ce qui n’est pas étonnant à ce prix. En général, sans marque distinctive, cette pièce peut être estimée aux alentours de 700 à 1000 Euros (ex : Etude Deburaux Aponem en août 2007, Versailles en août 2007, Tajan en novembre 2004).

Vous voulez connaître la valeur d’un bronze animalier et son histoire ? Envoyez-moi obligatoirement des photos nettes (vue générale, dessous, signature, marque éventuelle de fondeur) et les dimensions exactes à damiencolcombet@free.fr