LES BEAUX MUSÉES DE PARIS : LE PETIT PALAIS

Après le Musée de l’Homme, le musée Cognacq-Jay, le musée Carnavalet, voici le musée du Petit-Palais.

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Certains ignorent ce qu’abrite le Petit Palais à Paris, que l’on prend à tort pour une espèce d’accessoire du Grand Palais. Ceux qui montent les marches et franchissent la majestueuse porte de ce bâtiment construit pour l’Exposition Universelle de 1900 sont impressionnés par le taille du grand hall mais un peu étonnés par le vide de cette pièce ; ils risquent d’en déduire que le Petit Palais est plus ou moins abandonné, ou bien qu’il sert uniquement, comme le Grand Palais, à recevoir des expositions temporaires ou des manifestations de grande ampleur.

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En réalité, il ne faut pas s’arrêter à ce premier coup d’œil : le musée du Petit Palais est l’un des plus beaux et des plus agréables musées de Paris. Comme le musée Carnavalet et le musée Cognacq Jay, l’accès aux collections permanentes est gratuit.

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Le bâtiment a été conçu par l’architecte Charles Girault selon un plan en forme de trapèze. En son cœur, un agréable jardin bordé d’un péristyle est un lieu de promenade parfait.

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Si le Petit Palais a été construit en 1900, les décors peints et sculptés, très riches, ont été réalisés entre 1903 et 1925. L’architecte a voulu donner un caractère grandiose à ce palais officiel : plafonds peints, escalier majestueux bordé d’une très belle rampe en fer forgé, coupole décorée par Maurice Denis, grands panneaux aux thèmes ambitieux (La Matière, La Pensée, La Mystique, La Plastique), bustes, médaillons… attirent l’œil et forcent l’admiration.

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Les collections du musée sont très variées : de l’Antiquité à la période contemporaine, les différentes salles présentent de façon claire, aérée et moderne des objets, meubles, tableaux sculptures illustrant parfaitement le projet culturel de l’établissement : expérience de la beauté, intelligence du sens, désir de création.

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La femme à l’arc – Marbre de Jules Desbois

Un grand nombre de ces œuvres ont été données par des collectionneurs passionnés : en 1902, les frères Dutuit ont légué 20 000 oeuvres diverses, allant d’objets antiques à des ensembles très complets de Rembrandt et Dürer en passant par des livres, des tableaux flamands, des ivoires, des manuscrits anciens, etc. En 1930, la donation Tuck permettait au Grand Palais de s’enrichir de nombreuses œuvres du XVIIIème siècle : meubles, tapisseries, tableaux primitifs, porcelaines, etc.  Et les legs ont ainsi continué jusqu’à nos jours avec des dessins de joaillerie, des sculptures de Landowski, des icônes russes, etc.

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Julia Stell Tuck – Marbre de Louis Aimé Lejeune

Les salles du Petit Palais sont belles, claires, propres, reposantes. C’est un régal pour les yeux de s’attarder parmi les meubles XVIIIème, les vases de Gallé, les superbes coupes et rhytons de l’Antiquité, les maquettes de sculpture monumentales, les immenses tableaux, très évocateurs, de Gustave Doré, ou les scènes du Paris du XIXème siècle.

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Alexandre et Bucéphale – Huile de G.B. Tiepolo

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Pendule à orgues « Le concert des singes »

Bronze et porcelaine par Moisy, Chambellan et Kändler (vers 1755)

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« Les premières funérailles » (Adam et Eve portant Abel) – Marbre de E.Barrias

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 « La vallée de larmes » – Huile de Gustave Doré

On aurait tort de réduire les œuvres de Gustave Doré (1832-1883) aux gravures en noir et blanc illustrant la Bible, Pantagruel ou les Fables de la Fontaine. Il réalisa aussi d’immenses toiles notamment un cycle biblique exposé avec succès en Angleterre puis aux Etats-Unis. Ces peintures, oubliées, ont été retrouvées en 1947 dans un entrepôt de Manhattan et vendues aux enchères. Cette immense « Vallée de larmes » est extrêmement puissante et évocatrice. Peinte par l’artiste peu avant sa mort, elle montre le Christ partant vers sa Passion mais déjà presque auprès du Père. Au pied d’une haute falaise, il se retourne et voit le peuple humain épuisé qui le pleure mais ne parvient pas à le suivre jusqu’au bout, attendant son retour.

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La Vierge aux anges – Huile de W.Bouguereau

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Les Halles – Immense huile de Léon Lhermitte

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Sans asile – Huile de Fernand Pelez

Une très vaste salle du Petit Palais est consacrée à la peinture XIXème et plusieurs toiles ont pour thème la vie populaire parisienne : « Les Halles », immense et très spectaculaire, « Les Saltimbanques », poignants avec leurs efforts pour donner dans leur misère l’illusion de la gaieté et du rêve, et cette scène de « Sans asile », qui valut à Pelez son premier succès au Salon en 1883. La femme aux yeux clairs, allaite un bébé mais est prostrée, écrasée, presque hallucinée par la sombre perspective qui s’ouvre devant elle. Trois enfants dorment près d’elle, dont l’un est pieds nus, tandis qu’un autre, assis, rumine de sombres pensées et peut-être des idées de vengeance. Toute la fortune de la famille expulsée est là : quelques hardes, un seau, un demi-poêle, un sac de jute servant de paillasse… Au mur, des restes d’affiches : sur l’une, le Ministère du travail annonce une adjudication au rabais de travaux à exécuter, sur les autres, dramatique ironie, une grande fête musicale et dansante, et une soirée dansante…

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Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver – Claude Monet 

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Deux magnifiques pélicans, bronze plutôt rare de Rembrandt Bugatti

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Nausicaa – Lucien Simon

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Jugement du Pape Formose – Jean-Paul Laurens

A la fin du IXème siècle, le pape Formose fut jugé post-mortem. Son corps fut exhumé et un procès eut lieu. Il finit dégradé de ses insignes pontificaux et son corps fut jeté dans le fleuve.

Cette histoire dramatique est en fait très compliquée. En 891, Formose devient pape. On ne connaît pas bien ses origines mais selon une certaine tradition, il était corse. Formose se trouva pris dans une tempête, au cœur de querelles entre les « grands » de ce monde : entre Eudes comte de Paris et Charles le Simple en France, entre l’archevêque de Cologne et celui de Hambourg qui se disputaient la Brême, entre le patriarche et le fils de l’Empereur à Constantinople. Forcé de couronner Empereur le duc Guy de Spolète, Formose convainquit Arnulf de Carinthie de venir combattre cet empereur et de libérer Rome et l’Italie, ce qui fut fait. A la mort de Formose, les papes Boniface VI puis Etienne VI lui succédèrent. Ce dernier était sous l’influence de la femme et du fils de Guy de Spolète, qui cherchaient à venger leur époux et père. Ils persuadèrent donc Etienne VI de juger Formose post-mortem, dans ce qu’on a appelé plus tard « Le concile cadavérique ».

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Formose fut jugé indigne d’être pape : on lui retira ses insignes, on trancha les trois doigts de la main droite qu’il utilisait pour les bénédictions et consécrations, son corps fut jeté dans le Tibre. On le retrouva dans les filets des pêcheurs. Après la mort du Pape Etienne, le corps de Formose fut réenterré à Saint-Pierre et on interdit les procès post-mortem. Mais l’histoire ne s’arrête pas là : Serge, pape de 904 à 911, valida les accusations portées contre Formose et exigea que les évêques consacrés par lui le fussent à nouveau, ce qui créa une grande confusion. Finalement, l’Eglise confirma les nominations faites par Formose, Serge étant identifié comme un grand pêcheur coupable de plusieurs assassinats.

Jean-Paul Laurens, républicain très anticlérical, s’est saisi de ces épisodes dramatiques pour en faire un tableau saisissant.

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Toute la délicatesse et le talent de Carpeaux

dans ce charmant buste en plâtre

de Mademoiselle Fiocre, première danseuse à l’Opéra de Paris.

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La Marquise de La Valette – Plâtre de Carpeaux

LES BEAUX MUSÉES DE PARIS : CARNAVALET

Après le Musée de l’Homme, le Musée Cognacq-Jay, voici le Musée Carnavalet, d’ailleurs situé à deux pas du précédent.

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L’Hôtel Carnavalet est l’un des plus beaux ensembles du Marais. Sa construction date du milieu du XVIème siècle. Il fut acquis en 1578 par la veuve de François Le Kernevenoy, surnommé Carnavalet par les Parisiens. En 1866, Mansart remania les ailes et le bâtiment sur rue. Acheté par la ville de Paris, il fut agrandi pour recevoir les collections municipales, ouvertes au public à partir de 1880. Depuis 1989, le musée s’étend, par une « galerie de liaison », à l’Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau.

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Le musée est consacré à l’histoire de Paris et des ses habitants, de la préhistoire à nos jours. Malheureusement, lors de ma visite, un certain nombre de salles étaient en travaux.

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Une partie du musée présente une importante collection d’enseignes, dont certaines spectaculaires.

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« A la pensée » – Enseigne par A.Willette pour la maison Henry,

mercerie ganterie parfumerie rue du Faubourg Saint-Honoré

Des maquettes remarquablement bien faites représentent les vieux quartiers de Paris, en particulier l’ancien Marais avant sa destruction partielle et sa rénovation. On est saisi par l’étroitesse des rues, les fenêtres aux vis-à-vis trop proches, les courettes sans lumière. Les conditions de vie ne devaient pas être très gaies dans ces habitations sombres.

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Le musée possède des collections très variées : meubles, tableaux, dessins, sculptures, bibelots… Plusieurs pièces sont meublées et décorées comme celles d’un appartement, à l’image de ce « Salon bleu » ci-dessous, qui vient de l’Hôtel de Breteuil autrefois avenue Matignon. Il a été acquis par le musée en 1922. Les meubles sont estampillés des plus grands ébénistes XVIIIème (Riesener, Lacroix, Weisweiller…).

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Salon bleu de l’Hôtel de Breteuil

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On regrettera que plusieurs cartels décrivant les œuvres manquent et que le personnel soit incapable de donner des explications. On n’a pu me dire de qui était cet immense portrait de Louis XVI…

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Saint Jérôme, par L.S. Adam (1752)

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La démolition des maisons du Pont-au-Change en 1788 – H.Robert

Au 1er étage, la galerie de liaison, qui fait donc la jonction avec l’Hôtel de Saint-Fargeau, présente une belle collection de peintures, issues de la donation Seligmann en 2000 et décrivant la vie parisienne mondaine de la Belle Epoque.

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Femme au chien – F.Heilbuth

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Parade des cavaliers au Grand Palais (1910) – R.Lelong

Le Cadre noir de Saumur avait participé à cette grande fête de charité

au profit des victimes des terribles inondations de 1910.

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Le Dôme central de la galerie des machines durant l’exposition de 1889 – L.Béroud

Le musée Carnavalet consacre une grande partie de son espace à la Révolution française. On y voit des tableaux, bustes, objets, reconstitution de cette terrible période. En voyant les scènes de décapitation de femmes, la tête de la Reine brandie par le bourreau, la foule parisienne avide réclamant toujours plus de sang, l’inventaire des massacres notamment dans les régions de l’ouest, l’assassinat de Lavoisier (« La révolution n’a que faire des savants ! »), les têtes promenées dans les rues, les destructions massives d’œuvres d’art, on ne peut s’empêcher d’être épouvanté par cette barbarie.

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LES BEAUX MUSÉES DE PARIS : COGNACQ-JAY

Pour beaucoup, le nom Cognacq-Jay est associé aux studios de télévision, installés à Paris dans la rue du VIIème arrondissement portant ce nom. Mais Cognacq-Jay n’était ni un cameraman ni un présentateur de télévision !

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L’Hôtel de Donon

Ernest Cognacq (1839-1928) est le fondateur des Grands Magasins de la Samaritaine. Sans enfant, animé d’ambitions philanthropiques et humanitaires (il a fondé plusieurs crèches, hôpitaux et hospices), il était également amateur d’art, en particulier du XVIIIème siècle, période remise à la mode sous la Second Empire et alors considérée comme le summum du raffinement et de l’élégance. Acquérant lui-même peintures, sculptures, meubles, bibelots ou les faisant acheter pour lui par de célèbres experts et antiquaires parisiens, il a constitué une remarquable collection parfaitement homogène et présentant des chefs-d’oeuvre des plus grands artistes.

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Ernest Cognacq

Installé à l’origine dans « La Samaritaine de luxe » attenant au grand magasin, son musée porte le nom d’Ernest Cognacq et de sa femme Marie-Louise Jay. En 1974, cet établissement a été fermé puis, plus tard, les bâtiments ont été vendus. L’Hôtel de Donon, au cœur du Marais, a été choisi pour accueillir la collection. Le musée est ouvert au public depuis décembre 1990.

L’Hôtel de Donon a été construit fin XVIème, sans doute par un proche du célèbre architecte Philibert de L’Orme, puis en partie remanié aux XVIIème et XVIIIème siècles. Au XIXème, abandonné, le bâtiment héberge des activités artisanales qui dénaturent l’ensemble et lorsque l’Etat en fait l’acquisition en 1974, il est dans un triste état. Classé Monument historique en 1984, il est enfin restauré et ses façades retrouvent leur aspect du XVIème siècle.

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L’Hôtel de Donon avant sa restauration

Le Musée Cognacq-Jay fait partie de ces petits îlots intimes, chaleureux, préservés de Paris. On croit visiter un superbe appartement quitté il y a peu par ses occupants et l’on se prend à rêver de s’y installer. C’est le genre de joli musée que l’on visite par un dimanche d’hiver gris et très froid avant d’aller prendre un chocolat chaud chez Angelina.

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Vue du canal à Venise – Canaletto

Les œuvres sont signées des plus grands noms : les ébénistes Oeben, Carlin, les sculpteurs Lemoyne, Clodion, Houdon, les peintres Tiepolo, Canaletto, Guardi, Greuze, Boucher, Fragonard, etc.

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Le banquet de Cléopâtre – Tiepolo

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Le retour de chasse de Diane – Boucher

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Faunesse et son enfant

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Deux petits faunes goûtant du raisin

La finesse des peintures de Guardi est admirable. Les peintures de ce grand artiste sont d’assez petit format mais en s’approchant, on distingue de minuscules détails, des petites touches de pinceau qui figurent très bien un gondolier, un cordage, un sillage, une porte ou une fenêtre ne mesurant pas plus d’un centimètre.

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Un tableau représente une scène dramatique mais un peu amusante : visiblement, un galant, pour impressionner une jeune fille, a escaladé une ruine et de là-haut, brandissant un bouquet, a déclamé son amour à la belle. Las ! Le pied de l’intrépide a glissé, une pierre est tombée et voilà l’amoureux qui chute, dans l’affolement général.

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L’accident – H.Robert

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Au dernier étage, on peut admirer la superbe charpente du bâtiment, l’une des plus belles de Paris, nous apprend-on.

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Et puis, forcément, il faut que « l’art » contemporain s’en mêle… Au rez-de-chaussée, une partie des collections a été déménagée pour pouvoir accueillir une reproduction de Greuze sous un verre brisé, un vaisseau glissant sur un toboggan, une peinture tournant en dérision un bel autoportrait de Quentin de La Tour… Dans l’ensemble, c’est assez laid et inutile. D’ailleurs, les visiteurs – et le personnel du Musée – s’apitoient sur la faible qualité de la plupart ces productions en comparaison avec les chefs-d’oeuvre que l’on peut voir dans le reste du musée. Le baratin pompeux des commentaires est comique tant il est caricatural (on évite de justesse la « mise en abîme« …), ce qui donne ceci par exemple :

« L’artiste réexplore avec aplomb le genre de la peinture de portraits. Loin de vouloir produire des œuvres au rendu réaliste ou idéalisé, il bouscule la tradition à l’aide de formes gestuelles et de recherches abstraites toutes en matière. Multipliant les interventions sur la toile, il vient brosser, estomper la première image méticuleusement peinte avant d’y superposer une seconde écriture, brusque et immédiate, qui évoque les dessins d’enfants. Ce jeu de contrastes, qui est sa marque de fabrique, semble traduire une prise de distance avec la peinture même, ainsi qu’un humour noir et grinçant.« 

ou encore : « La série « Portrait fissuré » est une tentative de représenter des aspects tels que « l’objet et sa signification », « la matière physique d’une œuvre en trois dimensions », en les assemblant d’une manière déformée en une seule image, créant ainsi un nouvel angle de vue. Des caractères fictifs sont au cœur de mes œuvres, l’expérience d’observation se crée par le lien qui se forme entre le spectateur et le sujet. »

et enfin, l’inévitable : « Les œuvres de l’artiste travaillent ces relations substitutives (la réduction du tout à la partie, du contenant au contenu, de l’artiste à l’oeuvre) pour exploiter au mieux la plasticité de notre visibilité libidinale : le fétichisme, le voyeurisme, l’exhibition, en un mot les modalités du fantasme, jusqu’à la plus sadique. Le mécanisme du désir n’est en effet pas ici pure affirmation, il se compose des rejets et des différés dans lesquels se noue la relation à l’objet, selon un jeu bien connu des psychanalystes entre pulsion de vie et pulsion de mort. »

Avec de tels chefs-d’œuvres littéraires, il n’y a plus besoin des créations ! Heureusement, cette « exposition » se termine bientôt et, à partir du 6 février, le musée accueillera une exposition intitulée : « Jean-Baptiste Huet, le plaisir de la nature« .

Renseignements sur : http://museecognacqjay.paris.fr/fr/publications/jean-baptiste-huet

Prochaine note : le Musée Carnavalet

LES BEAUX MUSÉES DE PARIS : MUSÉE DE L’HOMME

Commence ici une petite série de notes relatives à quelques beaux musées parisiens peut-être moins connus que le Louvre et Orsay et que j’ai eu l’occasion de visiter récemment.

Voici tout d’abord le Musée de l’Homme installé au Trocadéro et rouvert après de longs travaux.

Installé dans l’aile Passy du Palais de Chaillot, le Musée de l’Homme a été inauguré en 1938. A vrai dire, depuis 1882, l’ancien Palais du Trocadéro abritait un Musée d’Ethnographie. On se demande d’ailleurs si l’appellation « Musée de l’Homme » n’est pas une marque d’orgueil un peu démesuré, ou au moins d’ambition un peu exagérée…

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Selon le site internet du musée, cet établissement présente des collections de préhistoire et d’anthropologie biologique et culturelle. Le nouveau musée regroupe aussi une bibliothèque, des centres de recherches, d’enseignement, de formation, de diffusion sur l’évolution de l’Homme et des sociétés. Fermé en 2009, le musée a fait l’objet de très importants travaux d’un coût de 92 millions d’Euros. Il vient de rouvrir.

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L’âge de pierre – E.Frémiet

Je dois avouer que j’ai été assez déçu. Pendant sa visite, le visiteur doit traverser d’immenses espaces vides, de vastes salles inoccupées et a l’impression que beaucoup de place est perdue ou alors que les collections ne suffisent pas à occuper le musée, ce qui est certainement inexact car le thème de l’Homme est à peu près inépuisable…

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Les objets présentés sont heureusement dans un état parfait, quelques idées sont intéressantes, comme la possibilité de toucher un certain nombre de choses, généralement des reproductions et moulages d’œuvres. Mais dans plusieurs vitrines, les objets sont serrés, ordonnés de façon difficilement compréhensible, alors qu’il y a visiblement toute la place pour « aérer » l’installation. Les explications sont parcellaires et l’on a parfois des difficultés à comprendre pourquoi tel ou tel objet est là.

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Renne naturalisé

Parmi les présentations les plus spectaculaires, un beau cadavre d’éléphant grandeur nature tué par des chasseurs, mais malheureusement il n’est pas entier, quelques animaux naturalisés, une belle et vaste yourte, une série de crânes de caprins portant quatre voire cinq cornes, un bus des années 60 récupéré à Dakar et incroyablement décoré, des sculptures, quelques tableaux…

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Mais le plus beau est sans doute la collection d’innombrables bustes de Cordier : c’est une sorte d’inventaire des races humaines, magnifiquement sculpté, mais là encore pas assez bien présenté. Pour pouvoir être admiré, chacun de ces bustes mériterait d’être un peu isolé.

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Encore un regret, qu’hélas je serai amené à formuler à nouveau dans de prochaines notes : une invasion d’art contemporain sans intérêt et qui d’ailleurs n’attire pas l’attention du moindre visiteur. Actuellement, un « grand installeur » (sic) montre des néons colorés, des empilements de pots en grès émaillé, des revues de la période coloniale (forcément…) empalées afin de « stigmatiser la tendance occidentale à créer des catégories excluant les Africains de l’art universel » (re-sic), une roue permettant au visiteur de… se faire insulter dans différentes langues ! Si vous pensez à une quelconque exagération, consultez le site du Musée… Face à cela, il faut sans doute adopter l’attitude des hommes ci-dessous :

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« La fuite devant le mammouth » – PJ Jamin (1885)

Et enfin, je ne peux m’empêcher de reproduire ici un commentaire explicatif extrêmement étonnant mais finalement sans doute assez représentatif de l’esprit de ce nouveau Musée de l’Homme. J’observe d’ailleurs que notre Ministre de l’Education n’a surement pas visité cet établissement car elle a affirmé que la théorie du Genre n’existait pas…

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Prochaine note : le Musée Cognacq-Jay.

LES COLLECTIONS PERMANENTES DU MUSÉE DE VERNON

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L’entrée du musée de Vernon

J’ai parlé dans ma précédente note de l’exposition Rosa Bonheur au Musée de Vernon (Eure). C’est grâce à cette grande artiste que j’ai découvert la très belle collection d’art animalier de ce beau musée.

Installée dans un magnifique hôtel particulier datant des XVIème et XVIIème siècles et ayant appartenu à la famille Le Moine de Bellisle, le musée est situé non loin de la Seine, dans un joli quartier ancien. 

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Vernonnet – Le château des Tourelles

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Maison ancienne de Vernon

De l’autre côté du pont, à Vernonnet, ancienne commune rattachée à Vernon, on peut voir le vieux pont médiéval et le château des Tourelles, l’un des rares châtelets en France datant du XIIème et en bon état.

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Le vieux moulin installé sur le mont médiéval de Vernonnet

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La Tour des Archives, construite sous Philippe Auguste

et vestige de l’ancien château-fort de Vernon

Outre une salle d’archéologie locale, le musée présente des peintures et sculptures classiques (Monet, Maurice Denis, etc.) mais possède surtout un très grand nombre d’œuvres d’art animalier, essentiellement XIXème et XXème.

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Des réalisations des plus grands artistes y sont visibles : Rembrandt Bugatti, Roger Godchaux, Paul Jouve, Georges Guyot, Armand Petersen, Roger Reboussin, Victor Peter, Horace Vernet, Pompon, etc.

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Terre cuite de Roger Godchaux.

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Magnifique peinture de Paul Jouve

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Bronze de Rembrandt Bugatti

Parmi les sculpteurs contemporains, une grande oeuvre de Nicko Rubinstein, artiste étonnant et sympathique que j’ai la chance de croiser souvent à la fonderie Barthélémy.

P1180197.JPG« Le Minotaure I » de Nicko Rubinstein

Le Musée de Vernon présente également une importante et admirable collection d’études de Georges Frédéric Rötig, prolixe et très talentueux dessinateur (1873-1961).

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Etude de tigres par G-F Rötig

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Etude de lions par G-F Rötig

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Etude de grèbes huppés par G-F Rötig

Le Musée de Vernon édite aussi d’intéressants catalogues notamment sur ses artistes animaliers : Steinlein, Maurice Prost, Jacques Nam, Roger Godchaux, Gaston Suisse, etc., ainsi que des ouvrages thématiques tels « Un cheval, Des artistes« .

Parmi les plus belles de ces publications, le catalogue de l’exposition Rosa Bonheur mais aussi celui de l’exposition « Harry Eliott », le Gentleman illustrateur » qui s’est tenu de décembre 2011 à avril 2012.

Lien vers le site du Musée de Vernon : http://www.vernon27.fr/Culture/Musee-de-Vernon

EXPOSITION ROSA BONHEUR A VERNON

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Je vous annonçais il y a quelques semaines l’exposition Rosa Bonheur au musée de Vernon (Eure).

Ma conférence sur Rosa Bonheur et la sculpture fut l’occasion de visiter cette exposition (et les collections permanentes du joli musée de Vernon : note à venir).

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 Portrait de Rosa Bonheur – Consuelo Fould

Quelle joie de découvrir des peintures originales de l’illustre artiste : des dessins, des huiles, dont certaines sur des thèmes que je ne connaissais pas, comme des paysages, des portraits.

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Berger landais – Rosa Bonheur

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Ouvrage sur Rosa Bonheur écrit par Eugène de Mirecourt en 1856

(Rosa Bonheur est alors âgée de 34 ans seulement)

L’exposition, que l’on voudrait encore plus grande, est pourtant très complète : livres, sculptures de Rosa Bonheur et de ses proches (son frère Isidore, son grand ami PJ Mêne), gravures, études, portrait de Rosa Bonheur par d’autres artistes, inventaire des oeuvres de Rosa Bonheur et présentes dans son atelier à son décès et mises en vente en juin 1900, livre de sa chère amie Anna Klumpke « Rosa Bonheur, sa vie, son oeuvre » (1908), affiches du Buffalo Bill Wild West Show, où Rosa Bonheur est représentée entre Buffalo Bill et… Napoléon Ier, authentiques armes et parures indiennes, photos anciennes, etc.

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Cheval blanc dans un pré – Rosa Bonheur

J’attire l’attention des visiteurs sur le remarquable catalogue édité par le Musée de Vernon. Ce n’est pas un catalogue mais un véritable livre très documenté de 60 pages. Vous y retrouverez quelques pages de ma main sur Rosa Bonheur et la sculpture.

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Couverture du catalogue de l’exposition

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Pages intérieures du catalogue de l’exposition

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Pages intérieures du catalogue de l’exposition

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Lapins – Rosa Bonheur (l’artiste a peint ce tableau à 18 ans)

L’exposition se tient jusqu’au 20 septembre 2015.

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Etude de lions – Rosa Bonheur

Tous les renseignements sur :

« Rosa Bonheur ou l’éloge du monde animal »

Du 26 avril au 20 septembre 2015

Musée de Vernon – 12 rue du Pont – 27200 Vernon

Du mardi au dimanche de 10h30 à 18h

http://www.vernon27.fr/Culture/Musee-de-Vernon

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Etude de lionne – Rosa Bonheur