Monsieur Bruno de W. m’a envoyé quelques photos d’un grand bronze de Fratin. Voici un sculpteur que je n’ai pas encore eu l’occasion de présenter et je vais profiter de ce taureau pour le faire.

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Christophe Fratin est né en 1801 à Metz et décédé en 1864 au Raincy, près de Paris. Selon les sources, son père aurait été cordonnier ou – ce qui aurait pourrait être l’origine de la vocation de son fils – empailleur d’animaux. Le jeune Fratin suivit des cours de dessin où il obtint quelques prix. Plus tard, il déclara qu’il avait été élève de Carle Vernet et Géricault entre 1821 et 1831, ce qui est possible mais semble-t-il pas absolument avéré. Dans les années 1833 et 1934, Fratin réalise des plâtres d’animaux et les expose. Aussitôt, il est érigé par les uns en rival sérieux de Barye, par les autres en imitateur cherchant bien vainement à ramasser quelques miettes de la gloire de son grand prédécesseur.

Pourtant, le succès de Fratin s’affirme au fil des années, en France, où il réalise des commandes publiques – au square Montrouge à Paris, figurait autrefois un monumental « Cheval attaqué par un lion » – et à l’étranger : Autriche, Etats-Unis Allemagne, Angleterre.

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Les oeuvres de Fratin sont très diverses, tant par leur thème – lions, chevaux et chiens bien sûr, mais aussi pintades, autruche, aigle, condor, serpent, singe… – que par leur traitement. J’ai vu récemment un Eléphant écrasant un tigre qui aurait pu être de Barye tant il était de style classique. A l’inverse, Fratin aimait présenter des sujets humoristiques comme « Querelle d’ours » où l’on voit deux de ces animaux se battre au couteau, ou « Ours dentiste », l’un des fauves soignant un autre ours assis dans un fauteuil, « Ours jouant de la cornemuse » ou même « Ours couché lisant un journal politique » ! Il s’est également servi des singes pour présenter ces petits scènes amusantes.

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On reconnaît généralement un bronze de Fratin à sa ciselure, en particulier sur les animaux ayant un pelage abondant : le poil de ses ours, la crinière de ses lions, le cou de ses cerfs sont profondément striés, creusés, parfois trop à mon goût. Même les animaux à poil plus ras sont très ciselés : le corps des tigres, des lionnes, des chiens, des vaches n’est jamais lisse mais comme « grenu ».

A mon avis, bien que très renommé, Fratin est très loin du talent de Barye ou de Frémiet. Ses animaux ont des allures un peu surprenantes et pas toujours réalistes. Il a en particulier tendance à présenter des sujets maigres au dos fortement arqué. On dirait parfois les premiers bronzes non édités de Barye, réalisés pendant sa jeunesse.

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Le taureau de notre internaute est un grand modèle : 39 cm de long (terrasse) x 12 cm de large x 30 cm de haut au niveau des cornes. Même s’il n’était pas signé, on reconnaîtrait facilement un Fratin précisément par la ciselure décrite ci-dessus. J’ai pourtant eu un moment de doute en voyant la signature : Fratin signait en majuscule et non comme ici, avec un « a » minuscule. Mais ce taureau est bien de ce sculpteur. On en voit d’ailleurs une photo sur le site de M.Gilles Perrault, expert dans la formidable affaire du faussaire Guy Hain, qui produisait des bronzes « anciens » à la chaîne, y compris des Rodin, et finit par être arrêté. Cette affaire a d’ailleurs créé une grande psychose des faux-bronzes animaliers dans le milieu des collectionneurs.

Il est intéressant de remarquer la façon dont Fratin a travaillé les détails : ils sont bien visibles (voir sous le ventre et les sabots par exemple), mais pas de façon aussi exacte, anatomiquement parlant, que Frémiet par exemple.

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D’autre part, le muffle du taureau, arrondi et non pas carré comme il devrait l’être pour un bovin, est un peu curieux.

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La terrasse du bronze de Monsieur de W. possède une inscription : « Société des bronzes ». Cette écriture cursive, maladroite, est étonnante et fait référence à une fonderie inconnue. Il existait de 1875 à 1930 une Société des bronzes de Paris, ayant ses ateliers boulevard Voltaire, mais son cachet était tout à fait différent. Il y a là un mystère à éclaircir.

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Je pense que ce taureau pourrait être estimé autour de 3000 Euros environ. Il a pour lui d’être une grande pièce, de plus peu commune. A l’inverse, Fratin n’est pas le plus coté des sculpteurs du XIXème.

Je terminerai en signalant que MM.Richarme et Poletti (L’Univers du bronze, à Paris) éditeront bientôt un catalogue raisonné de Christophe Fratin. Peut-être y trouverons-nous des informations complémentaires tant sur ce modèle que sur la fonderie…

Vous possédez un bronze animalier et vous souhaitez en connaître l’histoire et la valeur ? Envoyez-moi obligatoirement des photos très nettes (vue d’ensemble, signature du sculpteur, le cas échéant marque du fondeur, dessous du socle) et les dimensions exactes au millimètre près à : damiencolcombet@free.fr.