NOUVELLE CRÉATION : LE REQUIN GRIS DES RÉCIFS
Continuant à explorer avec joie le monde marin, j’ai réalisé un Requin gris des récifs (Carcharhinus amblyrhynchos). Depuis la lecture, il y très longtemps, du fameux « Géants des mers » d’Anita Conti (1899-1997), première femme océanographe française, je voulais modeler ce poisson. Je me souviens notamment qu’elle y décrivait l’encoche qu’ont tous les requins en haut de la queue et qu’elle trouvait très pratique pour les tenir et les tirer hors de l’eau. Je ne peux voir un requin sans avoir une pensée pour cette grande dame qu’était A.Conti. Je garde aussi en mémoire le requin de 1,5 m de long (un « Hâ ») pêché par mon père et ses amis près du Cap Fréhel en Bretagne, et que j’avais longuement admiré.
Requin gris des récifs – Modèle en terre
J’ai choisi cette espèce précise de requin, également appelé Dagsit ou Requin à queue noire, à ne pas confondre avec le « Requin gris » (Carcharhinus plumbeus) plus grand et au museau plus long et fin, parce qu’il présente le profil-type du requin tel qu’on l’imagine. A la différence, par exemple, du grand requin blanc en forme de tonneau et au nez pointu, du requin marteau si curieux, du requin pèlerin au museau exagérément allongé, le requin gris des récifs a un beau profil aérodynamique, de grandes nageoires, une longue queue. Son museau est assez court et un peu aplati, son œil circulaire ou presque. Il se caractérise aussi par des nageoires pectorales en forme de faux, une nageoire dorsale bien triangulaire, sans crête vers la deuxième et plus petite nageoire dorsale. Le bord de la queue présente une bordure noire.
Le requin gris des récifs mesure généralement moins de 2 mètres de long et pèse moins de 40 kg. Son habitat se situe près des récifs de la zone indo-pacifique, qui s’étend des côtes africaines orientales jusqu’aux côtes milieu du Pacifique. C’est un poisson assez agressif tant envers les autres requins qu’avec l’homme, qu’il peut mordre fortement s’il s’estime en danger. Il annonce ses attaques par une posture d’agressivité caractéristique : museau relevé et mâchoires en avant, dos exagérément courbé, ondulations latérales.
Montage avec le requin gris des récifs (en terre) sous plusieurs angles
Ce squale a un comportement mi-solitaire lorsqu’il chasse, mi-grégaire le reste de la journée et il peut alors former des groupes de plusieurs dizaines d’individus, essentiellement des femelles. Celles-ci sont vivipares : les jeunes se développent dans le corps de la femelle. La gestation est très longue : 12 à 14 mois, et seuls 4 à 6 petits naissent tous les deux ans.
A cause de l’extension des zones de pêche, de la dégradation des récifs coralliens, du braconnage, le requin gris des récifs est classé par l’UICN comme espèce quasi-menacée.
Chasses Internationales – N°18 – Eté 2020 – Jacques Bordeaux Montrieux – Cheval de chasse
NOUVELLE CRÉATION : LES ORQUES
Voici une nouvelle création, encore en terre (peinte) : un groupe de 5 orques. Après le cachalot, la baleine bleue, trois petits narvals – que je ne mettrai sur mon site qu’une fois fondus en bronze – je continue ainsi à explorer le fascinant univers des mammifères marins.
Probablement monté ainsi, le groupe des Orques devrait mesurer environ 85 cm de long.
L’orque (Orcinus orca) est un Odontocète, autrement dit un cétacé à dents (la baleine bleue est un cétacé à fanons), comme les globicéphales, cachalots, narvals, dauphins, bélugas et marsouins. C’est un très gros animal, dont la silhouette noire et blanche est bien connue de tous. Un grand mâle peut mesurer plus de 9 mètres de long et atteindre 10 tonnes. Les femelles sont plus petites. La différence la plus nette entre les deux sexes se situe sur la nageoire dorsale : relativement courte et arrondie chez la femelle, elle est très haute (jusqu’à 2 mètres), fine et droite chez le mâle. L’autre nom de l’orque, « Epaulard« , vient d’ailleurs du vieux français espaart qui a donné les mots épée ou encore espar (élément de gréement long et rigide).
Modèle du grand mâle, encore en terre (long. : env. 33 cm)
L’orque a un corps apparemment massif et c’est d’abord ainsi que je l’ai modelé mais je ne parvenais pas à rendre la puissance de l’animal. Après quelques recherches et analyse de photos prises au Marineland d’Antibes, j’ai constaté qu’en fait, l’orque mâle était longue et effilée, et que sa tête était de petite taille. En la modelant, j’avais d’ailleurs le sentiment de travailler sur le bout du fuselage d’un avion, au niveau du cockpit. Le sommet du crâne des épaulards est arrondi, formant ce que l’on appelle un melon nécessaire à l’écholocation, que les Odontocètes maîtrisent parfaitement, comme les chauve-souris, les chouettes et hiboux et certaines musaraignes. Il y a bien sûr des différences de profil entre les orques, certains individus ayant une bosse très marquée, d’autres moins. Chez le beluga, cette petite baleine blanche, le melon est très proéminent
Orques au Marineland d’Antibes. A gauche, un mâle et à droite une femelle.
Chez tous les mammifères marins, la queue est horizontale alors que chez la plupart des poissons (ne parlons pas ici des poissons plats), notamment les requins, elle est verticale. La nageoire dorsale de l’orque est située à peu près au milieu du corps. Les nageoires pectorales sont longues et surtout très larges, formant de larges « battoirs ». Les taches blanches se situent tout le long du ventre, sous la queue et derrière l’œil. Une tâche grise en forme de selle, plus ou moins visible selon les individus et aux contours un peu flous, se situe juste derrière la nageoire dorsale.
Orque au Marineland d’Antibes
On ne connaît pas bien la population totale des orques, qui ne sont pas inscrites sur la liste des espèces en danger. On évoque le chiffre de près de 100 000 individus, répartis en groupes bien identifiés et souvent sédentaires. Les orques peuvent voyager sur toutes les mers du globe – on en a vu récemment dans le détroit de Gibraltar – mais elles se situent généralement dans les mers froides. Elles y trouvent leurs proies, très variées : poissons, phoques et otaries mais aussi manchots, requins, baleines… Parmi les nombreuses vidéos montrant la rencontre, plus ou moins agressive, entre des orques et des baleines : https://www.nationalgeographic.fr/animaux/video-un-groupe-dorques-attaque-une-baleine-bleue
Modèle d’une femelle, encore en terre.
Début 2019, un petit groupe d’orques s’est attaqué à une baleine de près de 20 mètres de long et est parvenue à la tuer. Une cinquantaine d’épaulards ont participé au festin. Les scientifiques s’étonnent de la parfaite coordination entre les orques lorsqu’il s’agit de cerner, diviser puis attaquer un banc de poissons. En dehors de l’Homme, qui ne le chasse plus depuis bien longtemps, l’orque n’a pas de prédateur.
Petit montage de mes cinq orques en terre (et en mer !)
A l’état sauvage, les orques, très curieuses, s’approchent assez facilement de l’Homme et de ses embarcations. Voici une vidéo stupéfiante où l’on mesure la vitesse que peut atteindre une orque : https://www.youtube.com/watch?v=x8JsWiGx50M
Mon groupe d’orque est formé d’un grand mâle, de deux femelles adultes et de deux jeunes dont un mâle. Pour vérifier l’exactitude anatomique de mes animaux, je les ai peints alors qu’ils sont encore en terre. Je ne sais pas encore ce qu’il sera possible et souhaitable de faire sur le bronze : patine colorée comme ici ou patine noire ? A voir…
Chasses Internationales – N°17 – Printemps 2020 – Albert Brenet : Courir le monde
NOUVELLE CRÉATION : LA BALEINE BLEUE
Dix-huit mois après le cachalot, dont la création m’a procuré beaucoup de plaisir, voici un nouveau mammifère marin, encore en terre : la baleine bleue (long. : env. 55 cm).
Tout le monde ou presque connaît ce gigantesque animal, mais peu en ont vu réellement. Des livres d’enfants aux jeux de famille, des puzzle aux gravures anciennes, des ouvrages de Buffon aux beaux livres sur la faune, on ne peut compter les illustrations et photos de la baleine bleue, qui fascine par sa taille, sa forme et son aspect rassurant. Mais il faut reconnaître que les dessins sont parfois assez fantaisistes, avec très classiquement une baleine flottant sur l’eau, montrant ses fanons dans un étrange sourire et crachant un jet d’eau au dessus de sa tête !
Rappelons donc ici quelques notions élémentaires : la baleine bleue n’est pas un poisson mais fait partie de la famille des mammifères, animaux à sang chaud qui respirent en surface et allaitent leurs petits. Son ordre est celui des Cétacés, au sein duquel on distingue les Odontocètes, qui possèdent des dents (cachalots, orques, dauphins, marsouins, bélugas…) et les Mysticètes, dont la bouche est garnie de fanons qui jouent le rôle de filtres (baleines bleue, baleine franche, baleine à bosse, etc.).
Reconstitution grandeur nature d’une baleine bleue dans un hall de l’American Museum of Natural History.
L’autre nom de la baleine bleue est Rorqual bleu et on entend parfois aussi le nom de grand rorqual. On compte une quinzaine d’espèces parmi les Mysticètes dont les quatre baleines franches, la baleine à bosse bien connue pour ses grandes nageoires pectorales et ses sauts impressionnants hors de l’eau, sept espèces de rorqual, la baleine grise et la rarissime baleine pygmée, qui mesure 7 mètres de long.
Une baleine bleue adulte peut dépasser 30 mètres de long et 170 tonnes. Notons qu’il est difficile d’obtenir les mensurations exactes d’un tel animal ; celles que l’on connaît ont été relevées sur des animaux échoués ou pêchés : leur poids est soit une évaluation, soit une reconstitution à partir de différents morceaux de la baleine.
Squelettes de cétacés au Muséum d’histoire naturelle de Paris
A la différence du cachalot, la baleine bleue ne plonge pas très profondément, ce qui explique probablement sa vue faible. Propulsée par une queue puissante, la baleine bleue nage à environ 20 km/h mais peut accélérer jusqu’à 50 km/h. Son corps est long, effilé, sa tête est importante, occupant un bon quart de l’animal. Au sommet du crâne, un peu en avant des yeux, les narines forment un évent par lequel l’animal respire bruyamment en surface. Le jet de vapeur qui s’échappe lorsqu’il remonte de plongée peut mesurer plus de 10 m de haut. Avant de replonger, l’animal gonfle ses poumons et referme son évent pour éviter l’entrée de l’eau.
On peut s’étonner qu’en un bref passage en surface, la baleine parvienne à évacuer l’air vicié et aspirer les 5 000 litres d’air que peuvent contenir ses poumons. En réalité, ce géant des mers fait surface 10 à 20 fois de suite avant de plonger pour une durée de 10 à 15 minutes. Au moment de s’enfoncer dans les flots, elle arrondit son dos, laissant voir la petite nageoire dorsale et souvent la queue en entier, à la différence du rorqual commun qui ne la sort que très rarement.
Avant la pêche industrielle (jusqu’à 30 000 baleines pêchées pour la seule année 1930), la population des baleines bleues étaient considérable dans toutes les mers du monde. La population la plus importante se situait dans l’Atlantique et comptait entre 200 000 et 300 000 animaux !
Les baleines à fanons se nourrissent de planctons et petits poissons mais surtout de krill, crustacés de quelques centimètres proches des crevettes et qui se rassemblent en bancs de plusieurs kilomètres de long. La baleine ouvre son immense gueule et enfourne le krill et l’eau où il baigne, puis elle referme en partie la gueule et expulse l’eau, ses proies étant retenues par les fanons qui jouent donc le rôle de passoire. La baleine engloutit une telle quantité d’eau et de krill que sa gorge se déforme et enfle de façon grotesque, comme un gigantesque ballon, grâce aux plis que l’on voit sous la tête.
Voici une vidéo très éloquente : https://www.youtube.com/watch?v=-TRwh0vPquU
La baleine bleue bat des records en tous genres : sa langue pèse près de trois tonnes, son cœur 600 kg, son foie une tonne, son volume de sang est de 10 000 litres.
Hélas, je n’ai jamais eu l’occasion de voir de baleine bleue mais au Québec, près de Tadoussac, outre des petits rorquals et des bélugas, j’ai pu observer des rorquals communs, d’une taille déjà respectable puisqu’ils mesurent une vingtaine de mètres.
Rorqual commun – Tadoussac (Québec)
Quelle émotion, en scrutant la mer de la côte, d’apercevoir les jets de vapeur ! Et lorsqu’un rorqual nage sous le zodiac, pourtant grand, où l’on se trouve, on a l’impression de voir un avion passer sous ses pieds !
Rorqual commun – Tadoussac (Québec)
Ma baleine bleue est proportionnée avec le cachalot. Et je crois que je vais continuer quelques temps à explorer le monde marin…