LES DÉGÂTS CAUSES PAR LES ELEPHANTS

Lorsque je suis allé passer une semaine dans une réserve de chasse au Burkina Faso, il y a quelques années, j’ai été frappé par le nombre d’éléphants présents et surtout par les dégâts causés à la nature par ces pachydermes : arbres déracinés, baobabs dont l’écorce avait été arrachée, mares endommagées… Dans certaines zones, on aurait dit qu’une tornade était passée.

J’en ai discuté avec un chasseur retourné tout récemment sur cette zone : il m’a dit que les éléphants étaient désomais si nombreux dans cette réserve qu’ils en sortaient fréquemment pour dévaster les greniers des paysans, soulevant le toit de ces frêles constructions et se servant comme dans une bonbonnière.

Du coup, pour survivre – le Burkina est un des pays les plus pauvres du monde – les pauvres agriculteurs se défendent comme ils peuvent et attaquent les éléphants avec des sagaies ou de vieux fusils, armes assez inefficaces mais qui irritent fortement les éléphants. Cet ami chasseur m’a dit qu’en conséquence, les éléphants chargaient systématiquement les hommes lorsqu’ils les croisaient dans la réserve, à pied ou en voiture, et qu’il fallait donc redoubler de vigilance.

J’ai lu récemment un petit livre très intéressant qui relate exactement les mêmes faits, mais dans la bouche d’un pisteur peul ayant passé sa vie tout près de la réserve où était cet ami chasseur. Ce pisteur est en réalité métis puisque son père était français et sa mère peule. Son nom complet est Rasmané Paul Barry de Lesguenec !

Même si, comme moi, vous n’êtes pas chasseur, je vous conseille vivement la lecture de ce livre très intéressant. En voici un extrait.

« Souvenirs d’un pisteur peul » – Rasmané barry – Editions du Markhor – 2004 – 206 pages

LE ZOO DE VINCENNES (3)

Suite des deux notes ci-dessous :

Le journal Le Monde du 19 février nous donne des nouvelles du projet de rénovation complète du zoo de Vincennes : la Commission départementale des sites, perspectives et paysages de Paris a émis un avis favorable sur le projet tout en émettant de sérieuses réserves, formulées dans le rapport de l’architecte des Bâtiments de France Alain Terseur.

Les critiques formulées sont sévères : « insuffisances graves sur l’aspect architectural » des constructions, « absence de qualité et définition plastique ». Il estime que « le recours aux écrans, aux filtres, aux camouflages, filets, treilles (..) est une facilité et une certain précarité ». L’architecte regrette « la suppression de 528 arbres », « la banalité des constructions », l’absence de toitures végétalisées et la destruction de tous les rochers artificiels, à l’exception du plus haut.

Le Muséum, propriétaire du zoo, a réagit par la voie de son Directeur général, Thomas Grenon : « on ne fait pas un geste architectural mais paysager, avec un point de vue fondamental : le bien-être des animaux ».

Une phrase de M.Grenon, cité par Le Monde, m’a toutefois étonné quand on connaît l’histoire du zoo de Vincennes (cf. note « Le zoo de Vincennes (1) ») : « le décor de 1934 est inadapté à la gestion d’un zoo moderne. A l’époque, on montrait les animaux les uns à côté des autres derrière des barreaux ». Phrase détournée de son contexte ? Erreur de M.Grenon ? Je ne sais, mais l’originalité du zoo de Vincennes était précisément de montrer les animaux sans barreaux !

Dossier à suivre, donc !

LE ZOO DE VINCENNES (2)

Dans le journal Le Monde daté du 26 novembre 2010, un grand article intitulé « Le zoo de Vincennes pourrait perdre ses rochers ».

La note ci-dessous (« Le zoo de Vincennes (1) ») expliquait la genèse de cet espace zoologique. Je me souviens de l’avoir visité enfant et d’avoir été impressionné par la qualité de ce parc, la diversité de la faune et les monumentaux rochers. C’est là que j’y ai vu pour la première fois un okapi et un rhinocéros. Siam l’éléphant d’Asie avait déjà ses gigantesques défenses se croisant devant la trompe (il est maintenant – mal – naturalisé à la Grande Galerie de l’évolution), et les girafes étaient nombreuses. On pouvait déjeuner juste à côté de l’enclos du guépard.

Le Monde nous apprend que le zoo de Vincennes, qui s’étend sur 14,5 hectares, est fermé depuis 2008, les animaux ayant été soit maintenus sur place (girafes, par exemple), soit envoyés vers d’autres zoos comme Thoiry. De grands travaux sont prévus avec une réouverture envisagée en 2014. Bouygues, La Caisse des Dépôts et d’autres sociétés se sont associées dans une structure ad hoc appelée « Chrysalis », qui finance le projet de rénovation et assurera la maintenance du zoo en se rémunérant sur le prix des billets d’entrée pendant 25 ans. L’Etat, propriétaire du zoo (le terrain appartient toutefois à la Ville de Paris), financera 30 des 135 millions prévus.

Il est prévu de créer 6 biosphères : Savane-Sahel, Europe, Patagonie, Guyane, Madagascar et forêt équatoriale.

Un appel d’offre a été lancé en 2005 mais les lauréats ne l’ont pas été bien longtemps. TNPlus avait imaginé un très beau projet dont le coût a été estimé à 250 millions, donc beaucoup trop. Ce chiffrage est contesté par TNPlus, mais Bouygues a remplacé les lauréats par une nouvelle équipe constituée autour de l’architecte suisse Bernard Tschumi. Les travaux devraient démarrer en 2011.

Le projet Tschumi est à son tour contesté : il passerait par une suppression de tous les rochers, hormis le plus grand. Est-ce le bon choix ? Ne devraient-ils pas être classés monument historique ? Faut-il au contraire repartir de zéro ?

Suite de cette aventure sur ce site dans deux jours.

LE ZOO DE VINCENNES (1)

J’ai lu récemment un petit livre très intéressant sur la genèse du zoo de Vincennes. Il a été écrit en 1947 par Henry Thétard, que les amateurs de cirque connaissent bien pour sa « Merveilleuse histoire du cirque », ouvrage de référence dans ce domaine, même si Madame Violette Médrano m’a dit que certains passages étaient selon elles un peu éloignés de la vérité.

Le zoo de Vincennes est né avec l’Exposition Coloniale de 1931, dont le Maréchal Lyautey était Commissaire Général. Lors de son discours d’inauguration, le 7 mai, le Président Paul Reynaud expliquait : « Le but essentiel de l’Exposition est de donner aux Français conscience de leur Empire. La France sait qu’elle a un Empire outre-mer, elle n’en a pas acquis la certitude profonde et compréhensive, l’Exposition lui offre l’occasion d’en prendre conscience ; elle restera sans profit si elle ne provoque pas une transformation de l’esprit public ».

De mai à novembre 1931, le nombre de visiteurs sera très important : 33 millions soit près de 180 000 personnes par jour. C’est un évènement considérable, à la mesure des moyens mis en oeuvre : constructions, aménagement du paysage, mobilisation de nombreux artistes parmi lesquels, par exemple, le sculpteur animalier Paul Jouve.

Début mai 1929, trois ans auparavant, Lyautey assiste à un gala du Cirque de Paris et, à l’issue de la représentation, rencontre Henry Thétard, qui présente ce soir-là un numéro de dressage d’une dizaine de lions prêtés par le très grand dompteur Alfred Court. Lyautey explique à Thétard qu’il a décidé de montrer un jardin zoologique lors de l’Exposition coloniale et lui demande qui pourrait réaliser ce projet. « Un seul homme, lui répond Henry Thétard : Hagenbeck ».

Malgré la réticence du Maréchal à coopérer avec un Allemand, Thétard raconte les innovations de Carl Hagenbeck et de son fils Lorenz en matière de capture et d’importation des animaux sauvages, et le révolutionnaire zoo de Stellingen. La grande innovation d’Hagenbeck, qui nous semble bien naturelle aujourd’hui tant elle est répandue, est de présenter les animaux dans des décors très élaborés (collines artificielles, plans d’eau, etc) et surtout en évitant au maximum les grilles. Les animaux sont donc séparés des visiteurs par des fossés, des rochers, laissant un peu l’illusion que les bêtes sont en liberté. Pour se rendre compte de l’innovation du procédé, il suffit de comparer la fosse aux ours et les grilles du Jardin des Plantes – même si d’importants efforts ont été faits, là aussi – avec les zoos modernes.

Convaincu, Lyautey entrera en pourparlers avec les Hagenbeck en vue de la création du « petit zoo » dont Henry Thétard sera nommé directeur en avril 1931. L’architecte fût Charles Letrosne (1868-1939).

Il serait trop long de raconter ici tous les épisodes de ce parc qui était à l’origine provisoire et s’est finalement maintenu bien au-delà de l’Exposition coloniale. Le projet initial devait s’étendre sur 6 hectares et présenter un panorama de l’ensemble de la faune de nos colonies, mais pour des raisons financières, la surface fut divisée par deux et l’origine de la faune limitée à l’Afrique. Les travaux furent très importants et connurent quelques déboires. On utilisa 250 tonnes de ciment, 600 mètres cubes de sable et de graviers ; on creusa 4 plans d’eau couvrant au total une surface de 2 200 mètres carrés, alimentés par 900 mètres de canalisations.

Mais on reste surtout frappé par le nombre considérable d’animaux qu’il était envisagé d’installer sur une surface somme toute réduite : 2 girafes, 4 éléphants (qui finalement vinrent d’Inde !), 9 zèbres, 12 autruches, 15 antilopes, 14 lions, 100 babouins, 200 oiseaux divers !

Henry Thétard raconte avec beaucoup de talent et d’humour le transfert des animaux par train à partir de la base de Stellingen, les querelles et jalousies entre fonctionnaires et avec Thétard, l’acclimatation des animaux, les batailles et les morts, les évasions, les nombreuses observations réalisées sur les pensionnaires du zoo. Il n’est pas étonnant que les bagarres aient été nombreuses avec 14 lions ou encore 100 singes, dont un trop grand nombre de mâles.

L’auteur termine ce livre très intéressant par un exposé de sa vision du zoo moderne et il faut reconnaître qu’il voyait juste.

Finalement, le zoo fut conservé, agrandi et transformé après la clôture de l’Exposition.

Et voici que l’on reparle, ces jours-ci, du zoo de Vincennes (suite dans quelques jours).

« Des hommes et des bêtes » – Henry Thétard – Editions de la Table Ronde – 1947 – 224 p.

LES VACHES DE YANN LE SACHER

J’ai découvert récemment par hasard, en tapant « postier breton » dans un moteur de recherche, l’artiste Yann Lesacher.

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Il a notamment comme atout d’être breton, de très bien saisir les animaux et en plus d’avoir beaucoup d’humour et d’imagination. Mais il n’est pas spécifiquement artiste animalier et j’ai constaté qu’il savait tout dessiner et peindre : les dunes, une rose, un croissant, une tête de poisson, une cabine de plage ou un bateau de pêche, on dirait qu’il ne connaît pas de limite !

Regardez comme cette vache normande est belle : on l’imagine seule dans son champ, au bout du monde, un soir de grand vent et de pluie.

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Il a entrepris un tour de Bretagne (« La Bretagne par les contours ») et ses croquis sont toujours agrémentés d’un petit dessin humouristique absolument génial. Je vous conseille donc d’aller voir ses deux sites dont je mets ci-dessous quelques extraits, avec son autorisation.

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Le premier de ses sites est : http://www.lesacher.com/
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Le second site, dédié au tour de la Bretagne est : http://yal.over-blog.com/
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LA MÉNAGERIE DU CIRQUE

J’aime beaucoup le cirque, surtout, évidemment, pour ses animaux.

Oh ! Je sais bien que, malgré d’incontestables progrès et des règlementations plus strictes, bon nombre d’entre eux ont une toute petite cage et que les conditions sanitaires ne sont pas toujours extraordinaires. Mais c’est ainsi : depuis que suis petit, comme beaucoup, l’odeur de la paille, des éléphants, des fauves me ravit. Lorsque j’étais enfant, dans le village breton où je passais mes vacances, des petits cirques venaient l’été s’installer de nuit sur un champ à deux pas de la maison et nous étions réveillés par les coups de masse que deux monteurs assènaient en alternance sur les piquets destinés à monter la tente. On attendait avec impatience que les camions-cages s’ouvrent et l’on découvrait parfois des animaux fascinants : une hyène à moitié folle à force de tourner dans sa cage, un hippopotame somnolent dans une cuve douteuse, un ours, un méchant babouin… A force d’en voir, les lamas et les poneys nous agaçaient un peu et nous étions fort déçus quand la ménagerie se réduisait à ces animaux-là. Habilement, un des membres du cirque nous assurait qu’à la représentation, il y aurait des fauves mais que le camion était en panne à 10 km. On ne voyait évidemment jamais ce camion, qui n’était qu’un moyen de nous attirer.

A Rennes, où la place du Champ-de-Mars offrait beaucoup plus de place, les grands cirques – Amar, Pinder, Jean Richard – déployaient leurs fastes. On apercevait parfois quelques « grands noms » et je me souviens de Jean Richard, Roger Lanzac, Achille Zavatta, Sampion Bouglione, Violette Medrano, Dick Chipperfield… Et quelle émotion en découvrant le fantastique « American Circus » : 3 pistes, plus de 60 chevaux, plus de 20 éléphants immenses…

J’ai retrouvé cette fascination dans un tout petit livre intitulé « Célébration du cirque » de Jean Monteaux. En voici un extrait que j’aime particulièrement :

« L’entracte offre à l’amateur de Cirque une joie nouvelle. Il s’intègre à la foule mouvante, il entre dans la procession désordonnée qui le conduit à la ménagerie.

Il l’a déjà visitée, le matin ou l’après-midi. Mais y vivrait-il qu’il serait toujours ému par l’odeur dont il distingue tous les composants ; les éléphants fleurent le foin chaud, les chevaux dégagent une buée végétale, les fauves ont un parfum âcre et sensuel qui prend aux reins, les otaries sentent toujours l’eau de lessive, des chimpanzés montent un parfum de fête foraine à cause des cacahuètes qu’ils épluchent, la girafe, isolée dans son enclos, curieusement, est inodore.

Il distribue le sucre, donne le pain dont il a empli ses poches en partant de chez lui ; et les baves qui se mélangent sur ses mains lui sont un délicieux plaisir. Puis il s’arrête devant le gorille.

Il subit, tête basse, honteux d’être humain, les réflexions et les quolibets que les « curieux » adressent au géant résigné – résigné mais pas indifférent : il souffre de cette atroce incompréhension populaire. L’amateur n’a pas cette résignation ; l’ignoble sottise de la foule lui devient vite insupportable. Alors, il redresse la tête ; son regard rencontre celui du gorille.

Il ne s’éloigne pas : il s’enfuit comme s’il avait commis une mauvaise action en sachant qu’il ne pourra jamais la réparer. le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ; les yeux du gorille en cage non plus.

L’amateur regagne sa place vers la fin de l’entracte. Avant que se rallument les projecteurs, il a toujours quelque incident à observer. le cable retendu, la sciure ratissée, un trapèze libéré, un lustre remonté, l’ouvreuse qui précipite la vente de ses bonbons pour aller enfiler un maillot pailleté de cycliste ou de patineuse, sont autant de détails qu’il croit être le seul à remarquer.

Quand les musiciens s’asseyent à leur pupitre, il éprouve l’impression confortable du père de famille qui voit ses fils s’attabler pour un dîner de famille.

A la seconde ouverture, sa joie rebondit. Elle est aussi neuve, aussi intacte, aussi enthousiaste qu’à la première. »