Superbe exposition « Ilya Répine (1844-1930) – Peindre l’âme russe » au Petit Palais à Paris

Du 5 octobre 2021 au 23 janvier 2022, le Petit Palais à Paris présente une magnifique exposition des oeuvres du peintre russe Ilya Répine (1844-1930). Un évènement à ne pas manquer, d’autant plus que l’affluence est faible et qu’il est très facile de réserver même deux ou trois jours seulement à l’avance.

Le Petit Palais : l’un des plus beaux musées de Paris. L’accès aux très belles collections permanentes est gratuit.

Le titre « Peindre l’âme russe » est bien trouvé car il y a là toutes les facettes de cette âme : le romantisme, l’extrême sensibilité, la force et même la violence, les foules, les tsars, les processions religieuses et les popes, la misère, les soldats, Tolstoï et Moussorgski, la Volga, la police secrète et les arrestations, les duels, les beautés de la nature, etc.

L’exposition Répine dure jusqu’au 23 janvier 2022.

Voici quelques photos prises lors de ma visite un samedi matin. Une exposition à ne pas manquer ! Le catalogue est un beau livre de 250 pages richement illustré et fort intéressant, au prix de 42 €.

« Les haleurs de la Volga » – Grande huile de près de 3 m de long peinte entre 1870 et 1873.

Ce tableau sera l’objet de vives controverses. Dostoïevski louera le peintre pour avoir montré « Les haleurs, de véritables haleurs et rien d’autre. Aucun d’eux ne lance au spectateur « Regarde combien je suis malheureux et à quel point tu es redevable envers le peuple ! » Et cela, au moins, est à porter au plus grand mérite de l’artiste » tandis que le recteur de l’Académie est scandalisé et que le ministre des chemins de fer reproche à Répine d’avoir fait une peinture antipatriotique en donnant aux moujiks l’apparence de « gorilles« .

« Les haleurs de la Volga » – Détail

L’Archidiacre (1877).

Répine a fait le portrait d’Ivan Oulanov, archidiacre (clerc aidant le prêtre orthodoxe durant l’office) de son village de Tchougouïev, connu dans toute la région pour sa force physique et sa puissante voix de basse. Selon Répine, « il représente la quintessence de nos diacres, ces loups du clergé qui n’ont pas une once de spiritualité en eux […], unique écho du prêtre païen, et ce bien avant les Slaves. C’est un bon vivant, un artiste dans sa fonction, rien de plus ! ». 

Procession religieuse dans la province de Koursk (1881-1883) – Immense huile de près de 3 m de long.

Juif en prière (1875)

« Ils ne l’attendaient plus » (1884-1888)

Ce très émouvant tableau montre le retour inattendu d’un homme dans sa famille après de longues années de déportation. Observons sur le visage des différents personnages la stupeur, l’incrédulité, une certaine réserve, la joie des enfants. Le visiteur est inquiet de la façon dont il sera reçu et de ce qu’il va retrouver. Au mur, l’image du Tsar Alexandre II – le « Tsar libérateur » qui abolit le servage sur son lit de mort – rappelle que tous les révolutionnaires ne souhaitaient pas que le Tsar soit renversé et encore moins tué.

 « Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie » (1880)

Cette scène de plus de 3,5 mètres de long est l’une des plus saisissantes de l’exposition. Elle relate un épisode – dont la réalité n’est pas certaine – de la vie des Cosaques, peuple fier et indépendant,  qui envoient une réponse insultante au sultan de Turquie alors qu’il leur demandait leur ralliement. Répine aimait particulièrement ce tableau, qui connut un immense succès et pour lequel il s’était beaucoup documenté. Le Tsar Alexandre III l’acquit en 1891. Il fut souvent reproduit et copié. Il faut prendre le temps d’observer les figures rubicondes, les bouches édentées, les bedaines de ces Cosaques qui ne peuvent qu’être craints. On les imagine sans peine, pillant, violant, tuant puis buvant et faisant la fête, sans souci des blessures et de la mort, leur vie consacrée à la guerre, aux chevaux, à leur « tribu » de Barbares courageux et paillards.

« Vassili Répine » (1867), le jeune frère de l’artiste.

« Léon Tolstoï labourant » (1887)

« Ilya Répine – Peindre l’âme russe » – Musée du Petit Palais à Paris – Ouvert tous les jours sauf le lundi.

Réservation : https://www.petitpalais.paris.fr/expositions/ilya-repine-1844-1930

45ème édition du Salon National des Artistes Animaliers

Après une édition 2020 bien particulière puisque la situation sanitaire ne permit pas au salon de se tenir réellement mais uniquement sur le site internet, c’est avec une grande joie que nous avons retrouvé ces derniers jours une véritable édition du « SNAA ». Le soir du vernissage, une foule nombreuse, visiblement heureuse de ce retour, se pressait dans le superbe Hôtel de Malestroit tout récemment restauré.

Le prix Edouard Marcel Sandoz couronne cette année la sculptrice Olivia Trégaut et le prix Roger B.Baron de la ville de Bry-sur-Marne le peintre et dessinateur Olivier Claudon, dont le talent est très loin de se limiter aux belles vaches vosgiennes qu’il a tant représentées.

Olivia Tregaut et Olivier Claudon

Pour mémoire, parmi des centaines d’oeuvres soumises à un jury indépendant (un juré ne peut exposer) et régulièrement renouvelé, sont sélectionnées les plus belles peintures, gravures, sculptures, photos. Le nom de leur auteur ayant été préalablement masqué, c’est bien l’oeuvre et non l’artiste qui prime. Ainsi, nous avons régulièrement la surprise de voir émerger de nouveaux venus sur la scène artistique animalière.

La 1ère salle, réservée aux oeuvres des deux lauréats.

Toute la très lourde organisation du SNAA reposant sur des bénévoles peu avares de leur temps et de leurs efforts, il n’y a pas de frein financier pour les candidats : une maigre cotisation annuelle et, si l’on est sélectionné, un droit d’accrochage des plus réduits. Ajoutons que l’entrée est gratuite pour les visiteurs, qui sont des milliers chaque année à ne pas manquer le plus grand rendez-vous français de l’art animalier. Toutes les oeuvres exposées au salon sont en vente.

Le salon se tient du 13 novembre au 12 décembre 2021. Il est ouvert du mardi au dimanche inclus. Des conférences très intéressantes sont organisées chaque dimanche à 15h. Après Pierre Abattu, directeur de la fonderie Barthélémy Art (partenaire du Salon) le week-end dernier, ce sera au tour de Catherine Aubecq, peintre médaille d’or 2020, d’expliquer la technique très particulière du Nihon-Ga, peinture traditionnelle japonaise, puis le 28 novembre Olivia Tregaut organisera un atelier de modelage ouvert à tous de 6 à 99 ans (voire plus !). Enfin, le 5 décembre, présentation du Refuge de l’Arche, spécialisé dans l’accueil d’animaux blessés ou abandonnés.

Un charmant écureuil observant une noisette, par Olivier Claudon.

« Requin baleine » (raku nu engobe de porcelaine) – Laurent Yvelin

Pour se rendre au SNAA, rien de plus facile : Bry-sur-Marne est à quatre petites stations de RER de Nation (dir. Marne-la-Vallée). On peut se rendre à l’hôtel de Malestroit à pied en 15 mn ou en bus (direct).

« Duel pour une belle » (huile sur toile) – Hocine Ziani

SNAA de Bry-sur-Marne – Hôtel de Malestroit – 2 grande rue Charles de Gaulle – 94360 Bry-sur-Marne

Mardi au vendredi : 10h-12h et 14h-18h – Samedi et dimanche : 10h-18h30 – Site : https://www.artistes-animaliers.com/

« Rhinocéros noir femelle au trot » (bronze) – D.Colcombet

« Alors on peut sortir ? » (huile sur panneau) – Anne Dussaux

LES BEAUX MUSEES DE PARIS : LE MUSEE DES ARTS DECORATIFS

Après les visites des musées Cognacq-Jay, Carnavalet, Gustave Moreau, de la vie romantique, du Petit Palais, voici celle du très beau Musée des Arts Décoratifs (MAD), situé 107 rue de Rivoli à Paris, à deux pas du Palais-Royal.

Il est difficile de cerner la notion d’Arts décoratifs tant elle est vaste : mobilier, peinture et sculpture, arts de la table, papier peint et tapisserie, orfèvrerie, etc. Dans ses collections permanentes, le MAD possède 150 000 objets dont 6 000 environ sont présentés au public à travers 5 départements chronologiques : Moyen-Age et Renaissance, XVIIème et XVIIIème siècles, XIXème siècle, Art Nouveau – Art Déco, Moderne et Contemporain (ce dernier département est actuellement fermé).

Une partie du vaste bâtiment présente des expositions temporaires, actuellement les créations du couturier Thierry Mugler. Ces évènements attirent beaucoup de monde mais les collections permanentes sont très calmes, presque désertes, ce qui est fort agréable.

Chambre de la duchesse de Berry, belle-fille du roi Charles X. Les bois clairs, mouchetés, les lignes courbes tranchent avec la rigueur et les teintes acajou foncé du mobilier Empire.

La « mise en scène » est belle, aérée, pédagogique ; les objets sont de grande qualité et bien sûr en très bon état. On a le sentiment de visiter les différentes pièces d’une belle demeure et on ne peut que s’émerveiller devant le savoir-faire, le talent des peintres, ébénistes, souffleurs de verre, sculpteurs.

Le MAD présentent plusieurs pièces meublées en style Art déco, absolument magnifiques : vitraux colorés, tableaux de Maurice Denis, lustres accompagnent les courbes harmonieuses de Majorelle et autres grands ébénistes.

Le MAD possède plusieurs bronzes animaliers de Barye, dont certains rares, ainsi que des figures historiques telles que le prince de Joinville en amiral par Mennessier, Louis-Philippe Ier roi des Français par Gechter, le duc d’Aumale en lieutenant-général par Mennessier.

Le gigantesque « Surtout des cent-couverts » a été commandé en 1852 pour les prestigieuses réceptions aux Tuileries par celui qui deviendra bientôt Napoléon III. Destiné à une table de 30 mètres de long, il est constitué de 15 pièces monumentales en bronze et galvano-plastie (le futur Empereur avait observé que par le passé, les grands surtouts en métaux précieux avaient tous finis par être fondus pour financer les guerres). En 1871, lors du déplorable incendie volontaire du Palais des Tuileries par les Communards, qui l’inondèrent consciencieusement de produits inflammables avant de mettre le feu au bâtiment qui abritait des trésors artistiques, le surtout brûla mais fut en partie sauvé par Henri Bouilhet, vice-président de la manufacture Christofle.

L’atelier de Houdon, par Louis-Léopold Boilly (1761-1845). Le sculpteur modèle le buste du mathématicien Laplace.

Une charmante petite sculpture représentant une jeune fille jouant avec son chien.

Astucieuse présentation de tous les styles de fauteuils anciens.

Armand Le Véel (1821-1905), sculpteur normand

J’ai découvert cet été en visitant la pointe du Cotentin un sculpteur du XIXème siècle que les Cherbourgeois connaissent bien : Armand Le Véel (1821-1905).

Né à Bricquebec dans une famille de commerçants en faïences, il est l’aîné de 13 enfants. Dans ses mémoires, l’artiste raconte que, lorsque son père lui demandait de tenir l’étalage sur les marchés, il dessinait les scènes de bataille de l’Empire imprimées sur la vaisselle.

Valognes Normandie Cotentin

Valognes en Normandie, où Le Véel fut collégien

Collégien brillant et indiscipliné à Valognes puis Cherbourg, il doit travailler et à 16 ans et devient commis épicier. Ses frasques et ses dessins intempestifs lui font perdre son poste… A 19 ans, il s’installe à Paris et vit de petits métiers plus ou moins liés à l’art. Vendeur de statuettes pour la fonderie Susse, il rencontre les grands artistes de l’époque dont Jean-Jacques Feuchère (1807-1852), qui fait naître sa vocation de sculpteur. En 1855, il épousera Eugénie Feuchère, sa fille.

Feuchere Cavalier arabe Pont d'Iéna

Cavalier arabe – JJ Feuchère (Pont d’Inéa à Paris)

La voie normale à l’époque est d’entrer dans un atelier pour se former. Les élèves recherchent un maître talentueux et connu qui les guidera, généralement avec beaucoup d’exigence, et les soutiendra lors des divers concours. Le Véel a la chance de rentrer dans l’atelier de Rude, où il a pour camarades Carpeaux et Frémiet. La formation reçue et le talent de Le Véel devaient être réels car au bout de six mois, il reçoit déjà une commande, dont il peut choisir le sujet. Ce sera un personnage de l’histoire : Le Ligueur, suivi de Le Huguenot.

Le Véel musée de Cherbourg

L’histoire de France et les scènes patriotiques deviendront sa spécialité, d’autant plus qu’il participe aux évènements de ce XIXème siècle très agité. Ainsi, en 1848, il sera l’un des premiers à pénétrer dans Les Tuileries abandonnées par le roi Louis-Philippe, parti précipitamment en exil après avoir refusé que Bugeaud fasse tirer sur les émeutiers.

Le Véel musée de Cherbourg

En 1850, Le Véel participe au Salon pour la première fois en y exposant le buste de l’Amiral de Tourville. Il y reviendra en 1852 avec trois bustes dont celui de Blanqui et encore bien d’autres fois.

Musée de Cherbourg Le Véel

La ville de Cherbourg lance cette année-là un concours pour la réalisation d’une statue équestre de Napoléon Ier. Le Véel remporte ce concours mais finalement le projet est abandonné. Il est relancé en 1855 et le sculpteur l’emporte à nouveau et cette fois les choses iront jusqu’au bout. En 1857, Napoléon III passe un long moment à l’atelier pour voir l’avancement de la sculpture de son oncle. Par conviction politique, Le Véel s’absente durant la visite et évite de rencontrer l’Empereur. Le 25 juillet 1858, l’œuvre est installée à Cherbourg, juste à temps pour une rencontre « au sommet », à l’occasion de l’inauguration du grand bassin de Cherbourg, entre Napoléon III et la reine Victoria dont le yacht jette l’ancre dans le port le 5 août. Quant à l’inauguration de la statue, pour d’évidentes raisons diplomatiques, elle attendra le 8 août, la reine étant repartie deux jours plus tôt.

Cherbourg Napoléon Le Véel

Par la suite, Le Véel connaîtra le succès, à l’occasion de ses participations au Salon ou par des commandes publiques. Le Général Marceau, présenté en 1863, lui vaut la Légion d’honneur, qu’il avoue lui-même avoir « si ardemment convoitée », et pour elle s’être donné tant de mal et avoir dépensé tant d’efforts. Il reçoit la commande d’anges pour l’église Saint-Laurent à Paris, son Charlemagne est acheté par La Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts, l’Etat lui commande Tancrède de Hauteville pour la cathédrale de Coutances, Saint Eustache pour l’église de Paris, etc.

Le Véel musée de Cherbourg

De même que Barye et David d’Angers étaient ennemis, Le Véel et Frémiet auront de mauvaises relations. Le second est un protégé du Comte de Niewerkerke, surintendant des Beaux-Arts, proche de l’Empereur et lui-même artiste. Cette concurrence se manifeste notamment en 1866 lorsque la ville de Grenoble commande une réplique de la statue de Napoléon III. Nieuwerkerke exige qu’un concours soit organisé et c’est Frémiet qui l’emporte. En 1874, pour le concours en vue de l’installation d’une Jeanne d’Arc place des Pyramides à Paris, Le Véel propose une œuvre mais, comme on le sait, c’est encore Emmanuel Frémiet qui est choisi.

Le Véel musée de Cherbourg

Un autre aspect de la vie de Le Véel est intéressant : dès sa jeunesse, il a le goût des faïences et les collectionne : « J’avais hérité de mon père un goût très prononcé pour la chasse (…) ; je l’utilisai au pourchas des faïences dont la recherche m’en procura toutes les péripéties et les émotions » écrit-il joliment. Et de fait, il constitua peu à peu une très belle collection qu’il céda en 1864 au musée de Cluny. Sa passion pour l’art et les antiquités l’accompagna tout au long de sa vie. En 1870, il fut nommé à la commission de préservation des musées, dont Courbet était président. S’opposant fortement à ce dernier, qui voulait la mettre à bas, le sculpteur parvient à sauver la colonne Vendôme. En 1885, il prit le poste honorifique de conservateur du musée de peintures et sculptures de Cherbourg et proposa la construction d’un nouveau musée.

Le Véel musée de Cherbourg

Il existait un lien très fort entre Armand Le Véel et le Cotentin. Soutenu dès sa jeunesse par le Conseil général de la Manche et à titre personnel par l’un des conseillers, l’artiste se montra en retour très généreux en faisant de nombreux dons de ses œuvres à la ville de Cherbourg et en lui léguant sa collection d’art décoratif.

Aujourd’hui, le musée d’art Thomas-Henry de Cherbourg présente de nombreuses sculptures de Le Véel. Ce musée porte le nom d’un autre généreux mécène qui dès 1831 offrit à la ville une magnifique collection de plus de 160 œuvres d’art du XVème au début du XIXème siècle, dont voici quelques photos.

Musée de Cherbourg Brueghel l'ancien Allégorie de la terre

Allégorie de la terre – Jan Brueghel l’ancien et Hendrick Van Balen

Les défenseurs de Saragosse – Maurice Orange

Les œuvres de cet artiste exceptionnel qu’était Le Méel sont très finement modelées, le bronze est impeccablement ciselé, les détails des vêtements, des uniformes et des armes sont remarquables. Le Véel, comme d’autres artistes de l’époque, attachait beaucoup d’importance à l’exactitude historique de ces détails. Qui saurait de nos jours réaliser de telles figures historiques ?

Musée de Cherbourg Pannini vue du Ciolisée et de l'arc de Constantin

G. P. Pannini – Vue du Colisée et de l’arc de Constantin

Musée de Cherbourg Léon-Gustave Ravanne Entrée de la flotte russe à Cherbourg en 1896

L’entrée de l’escadre russe dans le port de Cherbourg le 5 octobre 1896 – L.-G. Ravanne

On ne peut s’empêcher de comparer les sculptures de Le Véel avec celles de son « ennemi », Frémiet. Et je dois avouer que ma préférence va finalement à ces dernières, qui possèdent une force, une fougue, un élan épique peut-être plus forts que celles du Normand, tout en respectant une exactitude morphologique qui manque parfois chez Le Véel, particulièrement dans ses chevaux, aux attitudes parfois trop romantiques, comme certains chevaux de Delacroix et Géricaud.

Musée de Cherbourg Aigle saisissant un lièvre

Aigle saisissant un lièvre – J.-B. Oudry

Musée de Cherbourg Camille Claudel Tête de Brigand

Tête de brigand – Camille Claudel

Musée de Cherbourg Le Duc Saint Hubert

Saint Hubert – A. Le Duc

Je vous recommande la visite du joli musée des beaux-arts de Cherbourg, dont vous apprécierez aussi la Cité de la mer, où l’on peut découvrir le sous-marin Le Redoutable et revivre un peu l’épopée des grands paquebots dont l’un des plus fameux, le Titanic.

Cherbourg Le Redoutable sous-marin

Cherbourg

Quant à savoir s’il fait beau là-haut, tout à fait au nord de la pointe du Cotentin, que beaucoup imaginent constamment dans la brume ou sous la pluie, voici la réponse en photo :

Normandie Cotentin

Normandie Cotentin

LES BEAUX MUSÉES DE PARIS : LE MUSÉE GUSTAVE MOREAU

En ces temps de semi-confinement, puisque bon nombre de lieux culturels sont encore fermés – mais pas les galeries d’art, heureusement ! – visitons ensemble quelques beaux musées de Paris, pas tous aussi connus que le Louvre. Après Orsay, le Petit Palais, le musée de l’Homme, Carnavalet, Cognacq-Jay, le Musée de la vie romantique, voici le musée Gustave Moreau, situé rue de La Rochefoucauld dans le 9ème arrondissement de Paris, en plein cœur de cette « Nouvelle Athènes » dont j’ai parlée dans ma précédente note sur le Musée de la Vie romantique. Je garde un excellent souvenir de la visite de cette demeure.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Ce lieu fait partie des « maisons d’artistes » que j’affectionne, comme le château de By (Rosa Bonheur), le musée d’Aix-les-Bains et tant d’autres car on a le sentiment de découvrir l’intimité de l’artiste, son mode de vie, le goût de l’époque. C’est en effet là que Gustave Moreau (1826-1898) vécut avec ses parents de 1852, date à laquelle son père acheta cette « maison-atelier », jusqu’à sa mort.

Damien Colcombet Gustave Moreau

La maison de G.Moreau est étonnante : on admire les grands volumes, l’élégance sobre de la maison, son bel escalier, mais il est émouvant de savoir que, de son vivant, c’est déjà là que l’artiste envisageait un musée dédié à ses œuvres. En 1895, après la mort de ses parents et de sa chère amie Alexandrine Dureux, il commande à l’architecte Albert Lafon des transformations permettant d’adapter sa résidence à sa nouvelle vocation. « Ce soir 24 décembre 1862. Je pense à ma mort et au sort de mes pauvres petits travaux et de toutes ces compositions que je prends la peine de réunir. Séparées, elles périssent ; prises ensemble, elles donnent un peu de ce que j’étais comme artiste et du milieu dans lequel je me plaisais à rêver . » écrit-il.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Dans son testament rédigé un an avant sa mort d’un cancer de l’estomac, Gustave Moreau lègue sa maison « avec tout ce qu’elle contient : peintures, dessins, cartons, etc., travail de cinquante années, comme aussi ce que renferment dans ladite maison les anciens appartements occupés jadis par mon père et par ma mère, à l’État, où à son défaut, à l’École des Beaux-Arts, ou, à son défaut, à l’Institut de France (Académie des beaux-Arts) à cette condition expresse de garder toujours – ce serait mon vœu le plus cher – ou au moins aussi longtemps que possible, cette collection, en lui conservant ce caractère d’ensemble qui permette toujours de constater la somme de travail et d’efforts de l’artiste pendant sa vie« .

Damien Colcombet Gustave Moreau

Ainsi, l’ancienne demeure de G.Moreau abrite 25 000 œuvres, presque toutes de sa main mais aussi quelques-unes d’autres artistes, acquises par lui. La maison n’est pas immense et l’on est stupéfait, en y pénétrant, du nombre de tableaux, dessins, sculptures, documents divers, de toutes tailles, que l’on peut y voir. Bien sûr, l’œil est d’abord attiré par les grands tableaux aux couleurs si étonnantes mais ce sont les dessins, intelligemment présentés et que l’on peut consulter en grand nombre, qui constituent l’essentiel de la collection. Enfin, quelques sculptures sont visibles dans les vitrines.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Né en 1826 à Paris, Gustave Moreau fut dessinateur, graveur, peintre et sculpteur. Son père, architecte de la Ville de Paris, et sa mère, fille du maire de Douai, ont tenu à lui offrir une éducation et une instruction riches, l’incitant à lire les grands auteurs classiques. Plus tard, lorsque Gustave se liera d’amitié, à Rome, avec de nombreux pensionnaires de la Villa Médicis (Bonnat, Degas, le sculpteur Chapu, etc.), sa vaste culture impressionnera beaucoup ses amis artistes.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Dessin de Gustave Moreau

Fils unique après le décès de sa sœur à l’âge de 13 ans, le jeune homme est l’objet de toutes les attentions de ses parents. Le goût prononcé de son père pour l’architecture classique et l’antiquité, un premier voyage à Rome à 15 ans ont sans doute beaucoup compté dans l’éducation de Gustave qui, après l’obtention de son baccalauréat, veut devenir peintre, ce que ses parents acceptent. Il prépare les Beaux-Arts dans l’atelier du peintre néo-classique Picot, à qui il rendra hommage jusqu’à ses derniers jours. La formation est solide : travail sur le modèle vivant le matin, copie des œuvres du Louvre l’après-midi. Deux ans plus tard, Gustave entre aux Beaux-Arts mais il est déçu par l’enseignement, qu’il juge insuffisant. « Que voulez-vous qu’ils vous apprennent ? Ils ne savent rien ! » lui explique Delacroix à qui il se confie.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Saint Georges terrassant le dragon, d’après Carpaccio – G.Moreau – Venise 1858.

Débute alors pour le jeune artiste une période en demi-teinte, où il se cherche, se forme, ne rencontre guère de succès mais laboure consciencieusement le sillon qui va l’y amener plus tard. Durant cette époque (approximativement 1848-1864), il rencontre des maîtres (en particulier Théodore Chassériau), réalise quelques œuvres assez peu remarquées, voyage en Italie durant deux ans, répond à la commande d’un chemin de croix pour l’église de Decazeville mais refuse de signer ces tableaux, très rapidement exécutés en trois ou quatre jours chacun, ce qui est stupéfiant.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Véronique essuie le visage de Jésus (Chemin de croix de Decazeville) – G.Moreau 1862

Durant toutes ces années, l’essentiel de son travail consiste à copier les grands maîtres dont il étudie longuement les œuvres à Florence, Rome, Sienne, Venise… Son talent de copiste est indéniable. Son but est de comprendre les techniques des Michel-Ange, Léonard de Vinci, Carpaccio, Botticelli mais aussi Vélasquez, Van Dyck, etc. Il s’intéresse également aux fresques romaines et aux sculptures antiques. Mais il produit très peu d’œuvres originales, désolant son père qui mourra avant de voir son fils couronné de succès.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Œdipe et le Sphinx – G.Moreau 1864 (MoMA New York)

C’est en 1864 que Gustave Moreau se fait véritablement connaître avec « Œdipe et le Sphinx« , exposé au Salon où il est acheté par le Prince Jérôme Napoléon (fils de Jérôme Bonaparte donc neveu de Napoléon Ier et cousin de Napoléon III), réputé pour être un collectionneur exigeant. L’artiste connaîtra alors une vie d’artiste connu, reconnu, décoré, formant des élèves, bénéficiant d’une certaine aisance matérielle. Moreau vend peu mais cher et se permet de ne connaître qu’une seule exposition personnelle de son vivant. Seul le siège de Paris par les Prussiens en 1870 – il s’engage alors dans la Garde nationale – puis la mort de sa mère et de son amie Alexandrine Dureux troubleront cette longue période heureuse.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Prométhée – G.Moreau 1868. Ci-dessous, un dessin préparatoire pour les vautours, réalisé à la Ménagerie du Jardin des Plantes. 

Damien Colcombet Gustave Moreau

Ci-dessous, une esquisse de sculpture en cire sur le même thème.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Il est fait Chevalier puis officier de la Légion d’Honneur, reçoit plusieurs médailles au Salon des Artistes Français, participe à l’Exposition universelle de 1878, n’hésite pas à refuser des commandes dont la décoration de La Sorbonne, est élu à l’Académie des Beaux-Arts, nommé professeur à l’école des Beaux-Arts où il est particulièrement apprécié de ses élèves parmi lesquels on compte Matisse, Georges Rouault, Albert Marquet, Charles Camoin, etc.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Le Juif errant – G.Moreau

Mort en 1898, il est enterré à l’église de La Sainte-Trinité, entouré de ses amis et admirateurs Degas, Odilon Redon, Puvis de Chavannes, Jean Lorrain, Robert de Montesquiou, etc.

C’est indirectement à Gustave Moreau que l’on doit le nom de symbolisme. Au Salon de 1876, il expose notamment « L’apparition » et « Hercule et l’Hydre de Lerne« . Le caractère mystérieux de ces œuvres déconcerte. Emile Zola critique ces tableaux en écrivant ceci :

« Ce retour à l’imagination a pris, chez Gustave Moreau, un caractère particulièrement curieux. Il ne s’est pas jeté de nouveau dans le romantisme, comme on aurait pu s’y attendre ; il a dédaigné la fièvre romantique, les effets faciles des couleurs, les débordements d’un pinceau en quête d’inspiration pour couvrir la toile de contrastes d’ombre et de lumière à en avoir mal aux yeux. Non ! Gustave Moreau s’adonne au symbolisme. […] Son talent consiste à prendre des sujets déjà traités par d’autres peintres et à les représenter d’une autre manière, beaucoup plus adroitement. Il peint ces rêveries – mais pas ces rêveries simples et bienveillantes comme nous faisons tous, pécheurs que nous sommes – mais des rêveries subtiles, compliquées, énigmatiques, dont on n’arrive pas tout de suite à démêler le sens. Quel est, à notre époque, le sens d’une telle peinture ? – il est difficile de répondre à cette question. J’y vois, je le répète, une simple réaction contre le monde contemporain. Elle ne représente pas un bien grand danger pour la science. On passe devant en haussant les épaules et c’est tout ».

Damien Colcombet Gustave Moreau

Jupiter et Sémélé – G.Moreau

Le terme sera repris dix ans plus tard par le poète d’origine grec Jean Moreas dans « Le manifeste du symbolisme« . A propos de Moreas, je ne résiste pas au plaisir de citer le mot de Paul Valéry après l’incinération du poète : « Quelle belle fin : il s’en va comme un cigare !« .

Il est difficile de définir et cerner le Symbolisme, mouvement littéraire et artistique qui s’est épanoui à la fin du XIXème siècle en réaction au courant naturaliste dont les grands représentants littéraires sont Zola et Maupassant. Le symbolisme se caractérise par un mélange de classicisme, de mysticisme, d’onirisme, d’ésotérisme. Outre G.Moreau, citons parmi ses figures les plus illustres Mallarmé, Baudelaire, Verlaine pour la littérature, Debussy (en particulier Prélude à l’après-midi d’un faune) et Satie pour la musique, Puvis de Chavanne, Gustave Doré, Gustav Klimt, Odilon Redon, Maurice Denis, Emile Bernard pour la peinture.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Fleur mystique – G.Moreau

Il y a quelques années, le musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône présentait une très intéressante exposition sur le Symbolisme, qui permettait de mieux approcher – sans toutefois le comprendre parfaitement ! – ce mouvement artistique.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Éléphant des Indes – Jardin des Plantes – Dessin de G.Moreau 1881

Encore un petit mot sur Gustave Moreau et les animaux. En 1879, Antoni Roux, riche rentier marseillais et collectionneur (il achète les premiers Rodin) demande à des artistes connus d’illustrer à l’aquarelle les Fables de la Fontaine. Les 25 réalisations de Moreau étant unanimement saluées par la critique, Roux lui confie l’exclusivité des autres aquarelles et en particulier beaucoup de scènes d’animaux.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Squelette de Megaceros – Jardin des Plantes – Dessin de G.Moreau 1881

Gustave Moreau, très consciencieux comme toujours, passe donc de longues journées à la Ménagerie du Jardin des Plantes et dessine éléphants, serpents, oiseaux et des squelettes étudiées au Muséum.

Damien Colcombet Gustave Moreau

Flamands roses et cigognes blanches – Jardin des Plantes – Dessins de G.Moreau 1881

Damien Colcombet Gustave Moreau

Python de Seba – Dessin de G.Moreau avec indication « Hydre » car ce serpent servit pour le tableau représentant l’Hydre de Lerne

Enfin, à propos de la sculpture, on peut dire qu’elle est essentiellement pour Moreau une aide à la peinture. Il a beaucoup dessiné les sculptures antiques mais n’apprécie guère les réalisations de ses contemporains. De Rodin, il critique durement les  » mélanges idiots de mysticisme de brasserie et de pornographie boulevardière, et avec cela du talent, beaucoup de talent, mais gâché par énormément de charlatanisme« .

Damien Colcombet Gustave Moreau

Etudes en cire. Le cheval en plâtre blanc n’est probablement pas de la main de Moreau.

Il possède toutefois deux bronzes de Barye (ouf !) et admire beaucoup l’oeuvre de Frémiet. Comme Degas et Meissonier, il réalise des maquettes en cire et envisage la réalisation de monuments.

Dès sa réouverture, je vous conseille de visiter ce beau musée et de prévoir un long moment pour feuilleter les innombrables dessins.

LES BEAUX MUSÉES DE PARIS : LE MUSÉE DE LA VIE ROMANTIQUE

En ces temps de « confinement », voici une petite évasion avec la visite du musée de la Vie romantique à Paris. Le temps pluvieux de novembre dernier donnait un charme mélancolique à ce coin du 9ème arrondissement, en particulier à la petite ruelle qui mène à une cour entourée des bâtiments constituant le musée. Peu de monde en ce jour de semaine, ce qui permettait de s’attarder dans les pièces, d’observer tranquillement et de près vitrines, meubles et peintures.

Sculpture Colcombet musée vie romantique

Les mots « Vie romantique » évoquent bien des noms, des choses et des sentiments : la vie artistique, un certain ennui, des velours sombres rouge et vert, un piano, une villégiature au bord d’un lac, un grand hôtel presque vide, des domestiques servant le thé, un grand jardin en province, désert et écrasé de soleil, des livres, des réunions d’artistes un dimanche après-midi d’hiver, un voyage en Italie pour découvrir des ruines romaines, etc. C’est Chopin, Liszt, George Sand, Gustave Moreau, Goethe et son Werther, Lamartine, Beethoven, Delacroix, Géricaud… Bien qu’ils fassent officiellement partie de ce grand courant qui a conquis toute l’Europe, je n’associe guère Victor Hugo et Alexandre Dumas au Romantisme mais en revanche, bien que plus contemporains,  j’y aurais volontiers mis Stephan Zweig, Colette, Pierre Loti, François Mauriac, etc.

Sculpture Colcombet musée vie romantique

Impossible de résumer ici en quelques lignes le bouillonnement du romantisme français tant ce courant littéraire, politique et artistique du XIXème siècle, fondé sur l’émotion individuelle, la force tragique de la Nature, la tradition et l’Histoire épique, une certaine nostalgie de l’ancien régime et une espérance craintive de la modernité a été riche en événements, créations artistiques, querelles entre « Classiques » et « Romantiques ».

Sculpture Colcombet musée vie romantique

Et en même temps, le Romantisme évoque un certain confort bourgeois, à l’image de cette maison qui abrite donc le musée de la Vie romantique. Il est toujours très agréable de visiter un lieu d’exposition qui semble presque encore habité, avec des escaliers en bois, étroits et craquants, d’anciennes chambres, des salles de bain, des petites fenêtres donnant sur le jardin. Je pense notamment à la maison Horta à Bruxelles, au musée Gustave Moreau à Paris, au musée Faure à Aix-les-Bains.

Sculpture Colcombet musée vie romantique

Intérieur du Musée de la Vie romantique.

Au lendemain de la Révolution, Paris est encore très concentrée et entourée de champs. La plaine Monceau est à la campagne (Isidore Bonheur y fait paître « Jocrisse », la brebis de sa sœur Rosa) et les contreforts de la Butte Montmartre sont couverts de cultures maraîchères et de vergers, égayés par quelques guinguettes. A partir de 1820, la fièvre immobilière saisit la capitale et bientôt, grands hôtels particuliers et lotissements populaires s’étendent. Le quartier délimité au sud par l’église de la Trinité et Notre-Dame de Lorette et au nord par Pigalle et la place Blanche, porte encore aujourd’hui le nom de « Nouvelle Athènes » qui lui fut donné en 1823. Le receveur général des finances Lapeyrière et l’architecte Auguste Constantin y créent un ensemble d’immeubles sobres et harmonieux, d’un style cohérent. De nombreux artistes y résident : Monet, Gauguin, Isabey, Sand, Chopin, Victor Hugo, Pissaro, etc. à tel point qu’on y parle de « Nouvelle république et des Arts et des Lettres« .

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Intérieur du Musée de la Vie romantique.

Rue Chaptal, une grande maison est louée par le peintre Ary Scheffer, très actif dans cet assemblée d’artistes. Il fera bientôt construire dans la cour un atelier de travail et un salon où il reçoit ses amis, puis une serre qui abrite aujourd’hui une petite cafétéria.

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A la mort de l’artiste en 1858, sa fille unique Cornelia Scheffer-Marjolin acquiert la maison de son père. En 1899, elle devient la propriété de la petite-nièce de Ary Scheffer et fille d’Ernest Renan, ce qui explique la présence dans le musée d’un buste de l’écrivain breton. Quant aux œuvres du peintre, sa fille en a légué la plus grande partie à la ville de Dordrecht aux Pays-Bas, dont il était originaire.

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Buste de Ernest Renan (1823-1892) par René de Saint-Marceaux (1845-1915)

Vendue à l’Etat en 1956, prenant en 1987 le nom qu’on lui connaît aujourd’hui, la maison de A.Scheffer et de ses héritières a accueilli jusqu’au début du XXème siècle dans les salons ou l’atelier des artistes aussi prestigieux que Charles Gounod, Puvis de Chavanne, Tourgueniev, Maurice Denis, Anatole France, Henri Martin, Delacroix, Rossini, la cantatrice « la Malibran », etc. Auguste Bartholdi a été l’un des derniers élèves du peintre.

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Intérieur du Musée de la Vie romantique.

Fils d’un peintre et graveur allemand et d’une artiste peintre hollandaise, Ary Scheffer est né en 1795. Peu après la mort de son père, il arrive à Paris en 1811 et entre dans l’atelier du peintre Pierre-Narcisse Guérin, où se formèrent notamment Delacroix et Géricault. En 1819, il expose au Salon des Artistes français « Dévouement français de six bourgeois de Calais« .

Sculpture Colcombet musée vie romantique

« Le grand atelier d’Ary Scheffer rue Chaptal à Paris » – A. J. Lamme (1812-1900)

Il explorera longtemps cette veine historico-romantique avec des peintures de l’histoire de France (Gaston de Foix, La mort de Saint Louis, La retraite de Russie, etc.), des scènes de Goethe (Byron, Faust…) mais aussi des scènes de l’Évangile (Le Christ au Jardin des oliviers, les rois mages déposant leur couronne, etc.).

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« Eberhard, comte de Wurtemberg, pleurant la mort de son fils, dit Le Larmoyeur » – A.Scheffer 1836

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Sculpture Colcombet musée vie romantique

« La mort de Théodore Géricault » – A.Scheffer – Vers 1824

Mais c’est comme portraitiste qu’il acquiert sa renommée. De Calvin à Henri IV, de Franz Liszt au Père de Lamennais, de Talleyrand à Chopin, il peint beaucoup. Parmi ses portraits, on trouve beaucoup de représentations de la famille d’Orléans.

Sculpture Colcombet musée vie romantique

La reine Marie-Amélie en deuil » (lors de son exil en Angleterre) – A.Scheffer 187

C’est que Ary Scheffer est depuis 1822 professeur de dessin des enfants du futur Louis-Philippe, dont la princesse Marie d’Orléans, jeune sculptrice prometteuse qui mourra prématurément à l’âge de 26 ans.

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« La chasse au faucon » et « Amazone et son lévrier » – Plâtres de Marie d’Orléans (1813-1839)

Sculpture Colcombet musée vie romantique

Fait Commandeur de la Légion d’honneur, naturalisé français deux ans avant sa mort, Ary Scheffer s’éteint en 1858. Une rue du XVIème arrondissement porte son nom.

Sculpture Colcombet musée vie romantique

« La mort d’Harold » – Bronze de Th. Gechter (1796-1844)

Le Musée de la Vie romantique est charmant mais ne peut être qualifié de très grand musée. On y découvre surtout l’intimité de l’artiste, quelques-unes de ses œuvres, un mobilier et des objets de décoration intéressants sans être exceptionnels, mais c’est une promenade agréable à faire un dimanche de printemps ou d’été pour découvrir un peu de cette atmosphère si particulière du XIXème siècle.

Sculpture Colcombet musée vie romantique

« Satan » – Bronze de J.-J. Feuchère (1807-1852)